Massimo TEODORANI, Synchronicité : le rapport entre physique et psyché de Pauli et Jung à Chopra, 2010

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"Cet ouvrage traite du principe de synchronicité, phénomène mystérieux et extraordinaire qui accompagne l’homme dans son histoire et constitue son seul lien réel avec son origine spirituelle. La synchronicité revêt plusieurs formes : généralement connue pour rattacher l’état d’âme particulier d’un individu à un fait simultané, riche de sens et tenant lieu de guide dans la vie de cette personne, ce phénomène peut aussi concerner une collectivité et, s’il est compris et vécu sous le bon éclairage, être la principale source de transformation de l’humanité tout entière."

Voici un livre qui ravira les curieux ! Massimo Teodorani - un astrophysicien italien - y explique, de façon assez simple, le concept passionnant de “synchrocité”, développé autrefois par le psychanalyste Carl Jung et le physicien quantique Wolfgang Pauli. Qu’est-ce qu’une synchronicité ? C’est une “coïncidence” entre un état subjectif - une pensée - et un fait objectif - un événement extérieur. Par exemple, vous pensez à quelqu’un, et à ce moment, cette personne vous appelle sur votre portable… Pour certains, ce n’est qu’un hasard, pour d’autres - comme ces grands esprits - cela s’explique… car tout est lié dans l’univers. 

Ayant moi-même vécu des synchronicités incroyables - qui ont totalement changé ma vie et ma vision du monde ! - j’ai voulu en savoir plus sur ce phénomène que je vivais sans vraiment le comprendre. J’ai trouvé un tas de réponses - et plus encore - dans ce bouquin que je vous recommande vivement ! comme Teodorani - et d’autres - je crois que la combinaison entre la science et la spiritualité peut changer le monde.  Je dois quand même préciser que je ne partage pas l’enthousiasme de l’auteur envers Deepak Chopra. Je pense qu’il faut se méfier de ce type-là. 

4ème de couverture

De mystérieux événements synchrones semblent parsemer nos vies. Tandis qu’une pensée affleure, un fait, qui renferme toujours un sens profond dont le but est de conduire nos vies vers leur destin, se produit à l’improviste, dans un synchronisme parfait.

L’objectif de ce livre est de démontrer que le phénomène de la « synchronicité » est depuis longtemps étudié, en particulier par les physiciens quantiques. Ces recherches plongent leurs racines dans l’alliance durable et harmonieuse entre le grand psychologue analytique Carl Gustav Jung et le physicien quantique Wolfgang Pauli.

Extraits 

"Si l’origine du réel est d’ordre spirituel, notre existence dépend en revanche de nos possibilités et de notre volonté, dès lors que les événements synchrones semblent vouloir nous rappeler que nous ne sommes pas les observateurs passifs d’un univers froid et mécanique, mais les acteurs de la création."

"Ils unirent leur savoir et parvinrent à la conviction intime que la synchronicité est non seulement un phénomène qui unit le psychisme et la matière, mais qui révèle aussi que l’univers, dans sa dualité, n’est pas le fait du hasard, mais qu’il est structuré pour la vie et la conscience. Les recherches de Pauli en physique quantique montrent à elles seules que la synchronicité est intrinsèque à la matière quand on l’observe dans le domaine quantique, comme si la danse des particules était une union sans fin avec un esprit supérieur. Les recherches de Jung placent la racine de l’esprit humain ainsi que l’origine des archétypes et des phénomènes de synchronicité, qui intéressent simultanément un état psychique et un événement extérieur, dans l’inconscient collectif."

"L’inconscient collectif, selon Jung, n’est pas une réalité subjective, mais une réalité psychique objective qui réunit tous les êtres dans l’univers animé et inanimé. Elle est située dans une dimension en dehors de l’espace et du temps qui constitue à la fois une espèce de « mémoire de l’humanité » et l’âme même de l’univers. C’est une sorte de conscience supérieure à laquelle sont reliées nos consciences personnelles."

"’L’esprit (le psychisme) et la matière ne sont donc pas disjoints, mais interagissent totalement, de façon synchrone. Et il n’y a pas un seul esprit et un seul morceau de matière, existant individuellement, mais un nombre infini de morceaux de matière/esprit, unis et synchronisés en un tout unique. Ce que nous croyons alors être notre psychisme ne l’est pas, mais est notre capacité à nous relier à une grande source universelle qui nous unit tous. L’ego, la séparation, la distinction entre objets et particules sont autant de parties d’une unique danse sans fin, qui prises séparément, comme des entités disjointes, ne sont qu’une illusion. Notre ego est une illusion. En effet, certains problèmes psychiques, comme ceux que connut Pauli pendant si longtemps, sont une façon de nous avertir que nous sommes séparés du « Soi ». La clef du bonheur, de la sérénité et de la vie même, est de prendre conscience de notre appartenance à un univers infini."

"L’humanité commence à comprendre que l’univers n’est pas un froid mécanisme sans finalité, régi par le hasard, mais que c’est la maison de la Vie au sens le plus large du terme. La dimension qui se cache derrière la théorie quantique n’est pas affaire de physique. C’est une dimension de la vie, une vie comprise comme un lien synchrone harmonieux entre la matière de notre corps et la substance éternelle de notre esprit. Pour pouvoir explorer ce monde total, nous devons nécessairement dépasser notre vision causale des choses et accepter que la psychologie des profondeurs, ainsi que la parapsychologie, ne soient pas des éléments disjoints de la réalité, mais qu’elles en fassent partie intégrante."

"L’inquiétude dans laquelle s’acheva la vie de Pauli dans une chambre d’hôpital est probablement un avertissement pour les générations présentes et futures : connaître l’univers dans sa globalité ne suffit pas, il faut y participer, sinon il y a rupture de la symétrie prévue par le plan cosmique. La validité du rêve de Pauli subsiste. Il nous apprend que le désir d’union entre la matière et l’esprit, la science et la religion, demeure unilatéral et profondément incomplet s’il est confiné entre les murs abstraits de la seule intellectualité. Chercher l’unité dans l’univers extérieur signifie chercher l’unité et la symétrie au sein de sa propre vie. Exclure l’amour et l’éros de sa vie, c’est comme exclure l’action du soleil de la photosynthèse."

"La société et l’humanité sur cette planète sont de fait une « noosphère », c’est-à-dire une biosphère enrichie par la conscience. En raison du même principe que celui qui est à la base de la résonance morphique de Rupert Sheldrake, tout nouvel apprentissage au niveau du comportement et de la croissance spirituelle est transféré de façon synchrone à tous les êtres qui peuplent la planète en passant d’abord par les espèces biologiques affines. La connaissance intérieure que l’on peut acquérir en apprenant à connaître, puis à vivre notre lien avec l’univers à travers les innombrables phénomènes de synchronicité qui jalonnent notre existence, signifie donc garantir à l’humanité un avenir de renouvellement, de paix et de clarté."

An Idiot's Guide to the New World Order

Comme son nom l’indique, ceci est un guide pour découvrir ce qu’est le fameux “Nouvel Ordre Mondial”, ce projet de gouvernance mondiale évoqué publiquement depuis quelques années par de très nombreuses personnalités politiques, de George Bush à Gordon Brown, en passant par Nicolas Sarkozy ou encore José Manuel Barroso. C’est vachement bien foutu ! À lire absolument ! (même si c’est en anglais seulement)

Quand les gens placeront ce qui est juste au-dessus de tout, y compris les conséquences qu’ils craignent, le monde deviendra juste. 

David ICKE, Race humaine, lève-toi !

Friedrich NIETZSCHE, Humain, trop humain, 1878

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"Au nombre des choses qui peuvent porter un penseur au désespoir se trouve d’avoir reconnu que l’illogisme est nécessaire à l’homme, et qu’il en naît beaucoup de bien. L’illogique tient si solidement au fond des passions, du langage, de l’art, de la religion, et généralement de tout ce qui confère quelque valeur à la vie, que l’on ne saurait l’en arracher sans par là même gâter ces belles choses irréparablement. Ce sont les hommes par trop naïfs qui peuvent seuls croire à la possibilité de transformer la nature humaine en nature purement logique ; mais s’il devait y avoir des degrés pour approcher ce but, que ne faudrait-il pas laisser perdre chemin faisant ! Même l’être le plus raisonnable a de temps en temps besoin de retrouver la nature, c’est-à-dire le fond illogique de sa relation avec toutes choses.”

Mon livre préféré de Friedrich, avec le Gai Savoir. L’extrait présenté ci-dessus était précieux pour ma quête existentielle. Une synchronicité énorme m’avait fait trouver la même idée dans un livre d’Edgar Morin, ouvert au hasard dans une librairie par curiosité… C’était énorme ! La logique et l’illogisme sont liés, et tomber dans l’excès, d’un côté ou de l’autre, est une erreur. Encore une fois, tout est question d’équilibre…

On appelle esprit libre celui qui pense autrement qu’on ne l’attend de lui en raison de son origine, son entourage, sa situation et de son emploi ou en raison des vues régnantes du temps. Il est l’exception, les esprits soumis sont la règle ; ceux-ci lui reprochent que ses libres principes soit ont leur source dans la manie de surprendre ou bien aboutissent à des actions libres, c’est-à-dire des actions qui sont inconciliables avec la morale servile.”

Il faut, au moment de contracter mariage, se poser cette question : crois-tu pouvoir tenir agréablement conversation avec cette femme jusqu’à la vieillesse ? Tout le reste est transitoire dans le mariage, mais presque tout le temps de l’échange revient à la conversation.”

"Au point de maturité de sa vie et de son intelligence, l’homme est envahi par le sentiment que son père a eu tort de l’engendrer."

"Des femmes peuvent très bien nouer amitié avec un homme, mais il faut certes, pour entretenir cette amitié, que joue un rien d’antipathie physique."

"Les dissonances non résolues entre le caractère et les idées des parents se perpétuent dans l’être de l’enfant et font l’histoire de sa souffrance intime."

"Il suffit parfois simplement de lunettes plus fortes pour guérir l’amoureux ; et qui aurait l’imagination assez puissante pour se représenter un visage, une taille, vieillis de vingt ans, traverserait peut-être la vie sans grand dommage."

"Quand la haine les tient, les femmes sont plus dangereuses que les hommes ; d’abord parce qu’aucune considération d’équité ne les retient une fois excités leurs sentiments d’hostilité, et que, sans être gênées par rien, elles laissent monter leur haine jusqu’aux dernières conséquences, ensuite parce qu’elles sont exercées à trouver les points faibles (tout homme, tout parti a les siens) et à y enfoncer le fer : en quoi le poignard acéré qu’est leur intelligence leur rend d’excellents services (alors que la vue des blessures inspire aux hommes une certaine retenue, souvent même des dispositions généreuses et conciliantes)."

Il n’est sans doute pas rare que des hommes aux aspirations nobles et grandes aient à soutenir leur lutte la plus dure pendant leur enfance : parce qu’il leur faudra, peut-être, pour imposer leur manière de voir, tenir tête à la bassesse d’esprit d’un père adonné à la fausseté et au mensonge, ou bien, comme Lord Byron, vivre en conflit perpétuel avec une mère puérile et furieusement irascible. Si l’on est passé par là, on ne se consolera plus, sa vie durant, de savoir qui l’on a eu en vérité pour le plus grand, le plus dangereux de ses ennemis.”

Les convictions sont des ennemis de la vérité plus dangereux que les mensonges.”

Une seule chose est nécessaire à avoir : ou bien un esprit léger de nature, ou bien un esprit allégé par l’art et le savoir.”

"Tous les idéalistes s’imaginent que les causes qu’ils servent sont essentiellement meilleures que toutes les autres causes du monde, et ne veulent pas croire que la leur a besoin, pour prendre tant soit peu, de ce même fumier malodorant nécessaire à toutes les autres entreprises humaines."

"Toutes les règles de vie très personnelles soulèvent les gens contre celui qui les adopte ; ce régime d’exception qu’il s’accorde les force à se sentir humiliés, en être communs qu’ils sont."

"Il est vrai qu’il pourrait y avoir un monde métaphysique ; la possibilité absolue n’en est guère contestable. Toutes les choses que nous regardons passent par notre tête d’homme, et nous ne saurons trancher cette tête ; la question n’en demeure pas moins de savoir ce qu’il resterait du monde une fois que l’on aurait cependant tranchée. C’est là un problème purement scientifique, et fort peu fait pour mettre les hommes en souci ; mais tout ce qui leur a jusqu’ici rendu les hypothèses métaphysiques précieuses, redoutables, plaisantes, ce qui les a enfantées, c’est la passion, l’erreur, l’art de se tromper soi-même ; ce sont, non pas les meilleures, mais bien les pires méthodes de connaissance qui sont enseignées à y croire. Découvrir dans ces méthodes le fondement de toutes les religions et métaphysiques existantes, c’est les réfuter du même coup. Reste alors cette possibilité que nous disions ; mais d’elle, on ne peut rien faire du tout, à plus forte raison raccrocher le bonheur, le salut et la vie aux fils arachnéens d’une telle possibilité. - Car, de ce monde métaphysique, on ne pourrait rien affirmer sinon une différence d’être, être et différence qui nous sont inaccessibles, inconcevables ; ce serait une chose à qualités négatives. - Et quand bien même l’existence de ce monde serait on ne peut mieux prouvée, il n’en serait pas moins certain que cette connaissance serait justement de toutes la plus indifférente : plus indifférente encore que ne l’est nécessairement au marin menacé par la tempête la connaissance de l’analyse chimique de l’eau."

"Le sens moral ne doit pas faire défaut à ces natures qui n’ont pas d’ambition. Les ambitieux, eux, se tirent aussi bien d’affaire sans lui, presque avec le même succès. - C’est pourquoi les fils de familles modestes, étrangères à l’ambition, s’ils viennent à perdre leur sens moral, deviennent le plus souvent, par une gradation rapide, des chenapans finis."

"Abstraction faite des exigences qu’impose la religion, il sera bien permis de se demander : pourquoi attendre sa lente décrépitude jusqu’à la décomposition serait-il plus glorieux, pour un homme vieilli qui sent ses forces diminuer, que se fixer lui-même un terme en pleine conscience ? Le suicide est dans ce cas un acte qui se présente tout naturellement et qui, étant une victoire, de la raison, devrait en toute équité mériter le respect : et il le suscitait, en effet, en ces temps où les chefs de la philosophie grecque et les patriotes romains les plus braves mouraient d’habitude suicidés. Bien moins estimable est au contraire cette manie de survivre jour après jour à l’aide de médecins anxieusement consultés et de régimes on ne peut plus pénibles, sans force pour se rapprocher vraiment du terme authentique de la vie. - Les religions sont riches en expédients pour éluder la nécessité du suicide : c’est par là qu’elles s’insinuent flatteusement chez ceux qui sont épris de la vie."

"De même que les os, les muscles, les viscères et les vaisseaux sanguins sont entourés d’une peau qui rend la vue de l’homme supportable, les émotions et les passions de l’âme sont de même enrobées dans la vanité : c’est la peau de l’âme."

"Nous n’accusons pas la nature d’immoralité quand elle nous envoie un orage et nous trempe : pourquoi disons-nous donc immoral l’homme qui fait quelque mal ? Parce que nous supposons ici une volonté libre aux décrets arbitraires, là une nécessité. Mais cette distinction est une erreur. En outre, ce n’est même pas en toutes circonstances que nous appelons immorale une action intentionnellement nuisible ; on tue par exemple une mouche délibérément, mais sans le moindre scrupule, pour la pure et simple raison que son bourdonnement nous déplaît, on punit et fait intentionnellement souffrir le criminel afin de se protéger, soi et la société. Dans le premier cas, c’est l’individu qui, pour se conserver, ou même pour s’éviter un déplaisir, cause intentionnellement un mal ; dans le second, c’est l’État. Toute morale admet les actes intentionnellement nuisibles en cas de légitime défense, c’est-à-dire quand il s’agit de conservation ! Mais ces deux points de vue suffisent à expliquer toutes les mauvaises actions exercées par des hommes sur les hommes : on veut son plaisir, on veut s’éviter le déplaisir ; en quelques sens que ce soit, il s’agit toujours de sa propre conservation. Socrate et Platon ont raison : quoi que l’homme fasse, il fait toujours le bien, c’est-à-dire ce qui lui semble bon (utile) suivant son degré d’intelligence, son niveau actuel de raison."

"L’art lève la tête là où les religions perdent du terrain. Il reprend une foule de sentiments et d’états d’âme engendrés par la religion, les choie de tout son coeur et y gagne de nouvelles profondeurs, un surcroît d’âme, qui le rendent capable de communiquer élévation et inspiration, ce qu’il ne savait pas faire auparavant. Devenue fleuve à force de croître, la richesse du sentiment religieux ne cesse plus de déborder et cherche à conquérir de nouveaux royaumes ; seulement, le progrès des lumières a ébranlé les dogmes de la religion et inspiré une méfiance radicale : chassé du domaine religieux par les lumières, le sentiment se jette alors dans l’art ; dans la vie politique aussi en certains cas, voire directement dans la science. Partout où l’on perçoit dans les aspirations humaines une sombre nuance de tristesse supérieure, il est permis de supposer qu’elles sont restées imprégnées d’horreur spectrale, d’odeur d’encens et d’ombres d’église."

"Qui n’écrit pas de livres, pense beaucoup et vit dans une société qui ne lui suffit pas, sera d’habitude un bon épistolier."

"On peut douter si un homme qui a beaucoup voyagé a trouvé quelque part dans le monde endroits plus laids que sur la face humaine."

"Il est beaucoup plus agréable d’offenser et de demander ensuite pardon que d’être offensé et accorder le pardon. Celui qui se met dans le premier cas donne une marque de puissance et puis de bon caractère. L’autre, s’il ne veut pas passer pour inhumain, est en fait obligé de pardonner ; la jouissance qu’il peut tirer de l’humiliation d’autrui est infime du fait de cette obligation."

"Aucun fleuve n’est abondant et grand par lui-même : c’est de recevoir et entraîner cette quantité d’affluents qui le rend tel. Il en va de même pour toutes les grandeurs de l’esprit. Ce qui compte exclusivement, c’est qu’un individu donne la direction que tant d’affluents seront alors obligés de suivre ; mais non pas qu’il soit au départ pauvrement ou richement doué."

"Quand s’éveille dans l’âme une indomptable envie de s’imposer en tyran, et qu’elle ne cesse d’entretenir le feu, même un talent médiocre (chez les politiques, les artistes) se change peu à peu en une force naturelle quasiment irrésistible."

"Un métier laisse la tête vide ; c’est là sa grande bénédiction. Car c’est un rempart derrière lequel on peut légitimement se retrancher quand vous assaillent doutes et soucis de l’espèce commune."

"Pour deviner à l’avance la façon d’agir des gens ordinaires, il faut supposer qu’ils feront toujours la moindre dépense d’esprit pour se libérer d’une situation désagréable."

 ”C’est un nouveau pas vers son indépendance que d’oser enfin exprimer des vues qui passent pour faire honte à qui les nourrit ; amis et connaissances commencent alors eux-mêmes à éprouver des craintes. Ce feu, une nature douée doit aussi le traverser, après quoi elle ne s’en appartient que mieux.”

La bonne amitié prend naissance quand on estime beaucoup l’autre, disons plus que soi-même, quand on l’aime, aussi, mais pas autant que soi, et enfin quand on sait, pour rendre l’échange plus aisé, y ajouter une teinte, un fin duvet d’intimité, tout en s’abstenant avec sagesse de l’intimité réelle et véritable, de la confusion du toi et du moi.”

D’où viennent les subites passions d’un homme pour une femme, les profondes, intimes ? La sensualité seule en est la moindre cause ; mais quand l’homme trouve réunis en un seul être la faiblesse, le besoin d’aide et tout à la fois l’outrecuidance, il se passe en lui quelque chose qui serait comme si son âme allait déborder : il est au même instant ému et offensé. C’est à ce point que jaillit la source du grand amour.”

"360. Signe de grands changements. Rêver de personnes depuis longtemps oubliées ou mortes est signe que l’on a subi de grands changements en soi-même et que le sol sur lequel on vit a été entièrement retourné ; alors les morts se lèvent et notre lointain passé devient un nouveau présent."

"Avoir beaucoup d’esprit conserve la jeunesse : mais il faut supporter de passer justement alors pour plus âgé que l’on est. Car les hommes lisent dans les traits gravés par l’esprit autant de traces de l’expérience de la vie, c’est-à-dire du fait d’avoir vécu beaucoup et mal, connu la souffrance, l’égarement, le repentir. Ainsi donc, on passe à leurs yeux, pour plus âgé et à la fois pour plus mauvais que l’on est quand on a qu’on montre beaucoup d’esprit."

"On se fourvoie parfois dans une direction intellectuelle en contradiction avec ses dons naturels ; pendant un certain temps, on lutte héroïquement contre le flot et le vent, au fond contre soi-même ; on se fatigue, on halète ; ce que l’on accomplit ne nous donne pas vraiment de joie, on pense avoir perdu beaucoup trop à ces réussites. Pis encore, on désespère de sa fécondité, de son avenir, en plein triomphe peut-être. Enfin, enfin, on fait demi-tour - et voici que le vent souffle alors dans nos voiles et nous met sur notre route à nous. Quel bonheur ! Comme nous nous sentons sûrs de la victoire ! C’est là seulement que nous savons ce que nous sommes et ce que nous voulons, là que nous nous jurons fidélité et en avons le droit - en connaissance de cause."

"Ne jamais faire place au repentir, mais se dire aussitôt : cela signifierait tout de bon ajouter une deuxième sottise à la première. - Si l’on a fait du mal, que l’on songe à faire du bien. - Si l’on est puni pour ses actes, que l’on supporte la peine avec le sentiment de faire déjà quelque bien par là : on empêche les autres, effrayés, de tomber dans la même folie. Tout malfaiteur châtié peut se sentir le bienfaiteur de l’humanité."

"Les illusions sont à coup sûr des plaisirs coûteux ; mais la destruction des illusions est encore plus coûteuse, considérée comme un plaisir, ce qu’elle est indéniablement pour plus d’un."

"Le grand style naît quand le beau remporte la victoire sur le monstrueux."

"Il faudrait des êtres plus spirituels que ne sont les hommes, ne serait-ce que pour goûter tout l’humour qu’il y a dans le fait que l’homme se regarde comme la fin de l’existence du monde et que l’humanité, très sérieusement, ne s’avoue satisfaite que dans la perspective d’une mission universelle. Si c’est un Dieu qui a créé le monde, il a créé l’homme singe de Dieu, comme un motif perpétuel d’amusement dans ses trop longues éternités. La musique des sphères autour de la terre serait sans doute alors le rire moqueur de toutes les autres créatures autour de l’homme. Cet immortel ennuyé, c’est par la douleur qu’il chatouille son animal favori, pour se divertir à la fierté tragique des attitudes, des interprétations que lui inspirent ses souffrances, à cette inventivité d’esprit de sa créature, la plus vaniteuse… en inventeur de cet inventeur. Qui a imaginé l’homme pour s’en jouer avait en effet plus d’esprit que celui-ci, et aussi plus de plaisir à avoir de l’esprit. - Mais quand il arrive que notre humanité veut s’humilier volontairement, c’est encore la vanité qui nous joue un mauvais tour, puisque nous, les hommes, voudrions, tout au moins dans cette vanité-là, quelque chose de tout à fait incomparable et prodigieux. Notre situation unique dans le monde, hélas ! c’est vraiment chose un peu trop invraisemblable ! Les astronomes, auxquels il est parfois réellement donné de jouir d’un horizon éloigné de la terre, nous laissent entendre que cette goutte de vie est sans importance dans le caractère général de l’immense océan du devenir et du périr ; que d’innombrables astres possèdent, pour la genèse de la vie, des conditions analogues à celles de la terre, ce qui en fait donc beaucoup, et pourtant une poignée à peine au regard du nombre infini de ceux qui n’ont jamais eu la lèpre de la vie ou en sont depuis longtemps guéris ; que la vie sur chacun de ces astres, mesurée à la durée de leur existence, n’a représenté qu’un instant, un bref éclat avec de longs, longs espaces de temps par après -, nullement, donc, le but et la fin dernière de leur existence. Peut-être dans la forêt la fourmi se figure-t-elle être le but et la fin de l’existence de la forêt avec autant de force que nous le faisons quand nous associons presque automatiquement, en imagination, la mort de l’humanité à la mort de la terre ; que dis-je, nous sommes encore modestes si nous en restons là et n’organisons pas, pour accompagner les obsèques du dernier homme, un crépuscule général du monde et des dieux. L’astronome le moins prévenu ne peut guère sentir la terre privée de vie autrement que comme le tombeau luisant et gravitant de l’humanité."

"Les personnes qui, par modération innée, laissent les verres à moitié pleins ne veulent pas admettre que toute chose au monde a sa fin et sa lie."

"Si l’on veut une bonne fois être quelqu’un, il faut aussi avoir le respect de son ombre."

"Voici quelqu’un qui dit : “Je le vois bien sur moi-même, ce livre est pernicieux.” Mais qu’il attende un peu, et peut-être s’avouera-t-il un jour que ce même livre lui a rendu un grand service en faisant sortir la maladie cachée de son coeur pour la mettre en évidence. - Un changement d’opinions ne modifie pas (ou très peu) le caractère d’un homme ; mais il met en lumière certains aspects de la constellation de sa personnalité qui étaient restés jusqu’alors dans l’ombre, indiscernables, dans une configuration différente d’opinions."

"On oublie bien des choses de son passé et on les chasse intentionnellement de son esprit : c’est-à-dire que notre image, dont le rayonnement nous éclaire du fond du passé, nous voulons qu’elle nous abuse, flatte notre suffisance, - nous œuvrons continuellement à cette illusion sur nous-mêmes. - Et maintenant vous croyez, vous qui faites tant de discours et tant d’éloges de “l’oubli de soi dans l’amour”, de “l’absorption du Moi dans une autre personne”, que ce serait là quelque chose d’essentiellement différent ? Donc, on brise le miroir, on s’imagine entré dans une personne que l’on admire, on jouit alors de cette nouvelle image de soi, tout en lui donnant le nom de l’autre personne, - et vous prétendez que ce phénomène n’est pas illusion sur soi-même, n’est pas égoïsme, ô gens bizarres que vous êtes ! - Je pense que ceux qui se dissimulent à eux-mêmes une part d’eux-mêmes et ceux qui se dissimulent ainsi tout entiers se valent en ce qu’ils commettent un larcin dans le trésor de la connaissance : on en déduit contre quel délit nous met en garde le précepte “Connais-toi toi-même”."

"C’est un long chemin qui mène pas à pas au vice et à la coquinerie de toute sorte. Au bout de ce chemin, les nuées d’insectes de la mauvaise conscience ont tout à fait quitté celui qui le parcourt, et il s’y promène, quoique infâme, en toute innocence."

"Le désir incessant de créer et le regard sans cesse à l’affût du dehors empêchent l’artiste de rendre sa propre personne meilleure et plus belle, c’est-à-dire de se créer lui-même ; à moins que son ambition ne soit passez grande pour le forcer à se montrer toujours, même dans la fréquentation d’autrui, à la hauteur qu’exigent la beauté et la noblesse croissantes de ses œuvres. Dans tous les cas, il n’a qu’une quantité déterminée d’énergie ; ce qu’il en applique à lui-même, comment cela pourrait-il encore profiter à son œuvre ? Et inversement."

Friedrich NIETZSCHE, Le Gai Savoir, 1882

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Ne reste pas au ras du sol !
Ne t’élève pas trop haut !
C’est à mi-hauteur
Que le monde apparaît le plus beau.”

Ah, Nietzsche ! S’il y a bien un philosophe que j’apprécie, c’est lui, malgré ses délires et ses folies. Je l’ai découvert quand je me sentais totalement perdu. Et il m’a aidé à me trouver. Quand je lisais certains passages, j’avais l’impression de lire mes propres pensées. C’était vraiment exagéré ! Du coup j’avais emporté ce bouquin chez le psy qui me suivait à l’époque - il connaissait Nietzsche - pour lui lire quelques passages, et lui demander ce qu’il en pensait, par rapport à ce que moi je lui racontais depuis des mois. Sa réponse : “C’est très troublant, en effet.” 

Mais contrairement à Nietzsche, je ne suis pas devenu fou. J’ai failli me perdre à plusieurs moments, mais j’ai tenu bon. J’ai bien compris ce qu’il voulait dire dans l’extrait mis en avant ci-dessus : il est important de trouver équilibre entre l’horizontalité et la verticalité, pour ne basculer ni d’un côté, ni de l’autre. L’horizontalité, c’est le mental, l’intelligence, la logique. La verticalité, c’est le coeur, le sentiment, l’irrationnel. Pour trouver l’équilibre, je devais m’ouvrir à l’irrationnel, c’est-à-dire à l’amour. 
Ce que je suis parvenu à faire en travaillant sur moi. Un travail récompensé par une “illumination divine”, l’expérience de l’amour absolu. 

Bien sûr les esprits chagrins ricaneront à la lecture de ces mots - “Haha, illumination divine” , il est vraiment devenu fou en réalité !”. Ceux-là ne comprennent pas que l’Occident est en déséquilibre profond, puisqu’il a fait disparaître la verticalité, l’élévation spirituelle, au profit d’un matérialisme pur, dont le scientisme et l’économisme sont les produits les plus significatifs. L’Occident est coincé sur la ligne horizontale, celle qui mène tout droit au nihilisme, c’est-à-dire à l’absence des valeurs et du sens. En effet, “si Dieu n’existe pas, tout est permis”, comme l’écrivait Fiodor Dostoïevski, l’un des auteurs favoris de Nietzsche. Et si tout est permis, rien n’est possible… C’est bien ce que l’on observe dans notre société, où plus rien n’a de sens, ou plus rien n’est possible. Une société où l’on détruit tout au lieu de construire. Une société devenue folle et qui se dirige tout droit vers la mort… Comme Nietzsche l’avait annoncé par sa propre existence. Car cet homme était un prophète. 

Le poids le plus lourd. Que dirais-tu si un jour, si une nuit, un démon se glissait jusque dans ta plus solitaire solitude et te dise : “Cette vie telle que tu la vis maintenant et que tu l’as vécue, il te faudra la vivre encore une fois et d’innombrables fois ; et il n’y aura rien de nouveau en elle, si ce n’est que chaque douleur et chaque plaisir, chaque pensée et chaque gémissement et tout ce qu’il y a d’indiciblement petit et grand dans ta vie devront revenir pour toi, et le tout dans le même ordre et la même succession - cette araignée-là également, et ce clair de lune entre les arbres, et cet instant-ci et moi-même. L’éternel sablier de l’existence ne cesse d’être renversé à nouveau - et toi avec lui, ô grain de poussière de la poussière !” - Ne te jetterais-tu pas sur le sol, grinçant des dents et maudissant le démon qui te parlerait de la sorte ? Ou bien te serait-il arrivé de vivre un instant formidable où tu aurais pu lui répondre : “Tu es un dieu, et jamais je n’entendis choses plus divines !” Si cette pensée exerçait sur toi son empire, elle te transformerait, faisant de toi, tel que tu es, un autre, te broyant peut-être : la question posée à propos de tout, et de chaque chose : “Voudrais-tu ceci encore une fois et d’innombrables fois ?” pèserait comme le poids le plus lourd sur ton agir ! Ou combien ne te faudrait-il pas témoigner de bienveillance envers toi-même, et la vie, pour ne désirer plus rien que cette dernière, éternelle confirmation, cette dernière, éternelle sanction ?”

"Croyez-vous donc que les sciences se seraient formées et seraient devenues grandes si les magiciens, les alchimistes, les astrologues et les sorcières ne les avaient pas précédées, eux qui durent créer tout d’abord, par leurs promesses et leurs engagements trompeurs, la soif, la faim et le goût des puissances cachées et défendues ? Si l’on n’avait pas dû promettre infiniment plus qu’on ne pourra jamais tenir pour que quelque chose puisse s’accomplir dans le domaine de la connaissance ?"

"L’homme supérieur devient sans cesse à la fois plus heureux et plus malheureux."

"La morale induit l’individu à devenir fonction du troupeau et à na s’attribuer de valeur que comme fonction."

"Approbation - Le penseur n’a pas besoin d’approbation ni d’applaudissement, pourvu qu’il soit assuré de son propre applaudissement : mais de celui-ci, il ne peut se passer. Y a-t-il des hommes qui pourraient se passer de celui-ci également et de toute espèce d’approbation en général ? J’en doute : et même pour ce qui est des plus sages, Tacite, qui n’est pas suspect de calomnier les sages, déclare quando etiam sapientibus gloriaz cupido novissima exuitur (Mais même pour les sages, la passion de la gloire est la dernière dont on se dépouille) - ce par quoi il veut dire : jamais."

"Travail et ennui. - Chercher du travail pour avoir un salaire - en cela, presque tous les hommes des pays civilisés en sont aujourd’hui semblables ; le travail est pour eux un moyen, et non le but lui-même ; c’est pourquoi ils ne font guère preuve de subtilité dans le choix de leur travail, pourvu qu’il rapporte bien. Mais il existe des hommes plus rares qui préfèrent périr plutôt que travailler sans prendre plaisir à leur travail : ces hommes difficiles, qu’il est dur de satisfaire, qui n’ont que faire d’un bon salaire si le travail n’est pas par lui-même le salaire de tous les salaires. À cette espèce d’hommes exceptionnelle appartiennent les artistes et les contemplatifs de toute sorte, mais aussi ces oisifs qui passent leur vie à la chasse, en voyages, en affaires de coeur et en aventures. Ils veulent tous le travail et la peine pourvu qu’ils soient liés au plaisir, et le travail le plus pénible, le plus dur s’il le faut. Ils sont pour le reste d’une paresse résolue, quand bien même cette paresse aurait pour corrélat l’appauvrissement, le déshonneur, l’exposition de sa santé et de sa vie. Ils ne craignent pas tant l’ennui que le travail dépourvu de plaisir : ils ont même besoin de beaucoup d’ennui pour réussir leur travail. Pour le penseur et pour tous les  esprits inventifs, l’ennui est ce désagréable “temps calme” de l’âme qui précède la traversée heureuse et les vents joyeux ; il doit le supporter, il doit attendre qu’il produise son effet sur lui : - voilà précisément ce que les natures les plus modestes ne peuvent pas obtenir d’elles-mêmes ! Il est commun de chasser l’ennui loin de soi par tous les moyens : tout comme il est commun de travailler sans plaisir. C’est peut-être ce qui distingue les Asiatiques des Européens que d’être capables d’un calme plus long, plus profond que ces derniers ; même leurs narcotiques agissent lentement et exigent de la patience, contrairement à l’écœurante brusquerie du poison européen, de l’alcool."

"Contre l’embarras. - Qui est toujours profondément occupé est au-delà de tout embarras."

Du but de la science. - Comment ? Le but ultime de la science serait de procurer à l’homme autant de plaisir que possible et aussi peu de déplaisir que possible ? Et si plaisir et déplaisir étaient liés par un lien tel que celui qui veut avoir le plus possible de l’un doive aussi avoir le plus possible de l’autre, - que celui qui veut apprendre l‘“allégresse qui enlève aux cieux” doive aussi être prêt au “triste à mourir” ? Et peut-être en va-t-il ainsi ! Les stoïciens pensaient du moins qu’il en allait ainsi et étaient conséquents lorsqu’ils désiraient le moins de plaisir possible pour subir le moins de déplaisir possible de la vie (lorsqu’on avait à la bouche la sentence “le vertueux est le plus heureux”, on tenait en elle aussi bien une enseigne de l’école destinée à la grande masse qu’une finesse casuistique pour les hommes fins). Aujourd’hui encore, vous avez le choix : ou bien le moins de déplaisir possible, bref l’absence de souffrance - et au fond les socialistes et les politiciens de tous partis ne devraient, pour être honnêtes, rien promettre de plus à leurs partisans - ou bien le plus de déplaisir possible comme prix à payer pour la croissance d’une plénitude de plaisirs et de joies raffinés et rarement savourés jusqu’alors ! Si vous optez pour la première solution, que vous vouliez vous abaisser et amoindrir la capacité des hommes à ressentir la douleur, vous devez aussi abaisser et amoindrir son aptitude à la joie. La science peut en fait servir à favoriser l’un de ces buts aussi bien que l’autre ! Peut-être est-elle aujourd’hui encore plus connue pour sa capacité à priver l’homme de ses joies, à la rendre plus froid, plus statue, plus stoïcien. Mais elle pourrait également se révéler la grande dispensatrice de douleur ! - Et alors se révélerait peut-être du même coup sa capacité antagoniste, son immense pouvoir, celui d’embraser de nouvelles galaxies de joie.”

"Le mal. - Mettez à l’épreuve la vie des meilleurs et des plus féconds des hommes et des peuples, et demandez-vous si un arbre un qui doit prendre fièrement de la hauteur peut se dispenser du mauvais temps et des tempêtes : si la défaveur et la résistance extérieure, si toutes les espèces de haine, de jalousie, d’obstination, de défiance, de dureté, d’avidité et de violence ne font pas partie des conditions propices sans lesquelles une forte croissance n’est guère possible même dans la vertu ? Le poison dont meurt la nature plus faible est pour le fort fortifiant - et il ne le qualifie pas non plus de poison."

 ”On a, ces derniers siècles, favorisé le développement de la science en partie parce que l’on espérait avec elle et grâce à elle comprendre le mieux possible la bonté et la sagesse de Dieu - motif fondamental de l’âme des grands Anglais (comme Newton) -, en partie parce que l’on croyait à l’utilité absolue de la connaissance, notamment à la liaison la plus intime de la morale, du savoir et du bonheur - motif fondamental de l’âme des grands Français (comme Voltaire) -, en partie parce que l’on pensait posséder et aimer dans la science quelque chose de désintéressé, d’inoffensif, d’auto-suffisant, de vraiment innocent, d’où seraient totalement exclues les pulsions mauvaises de l’homme - motif fondamental de l’âme de Spinoza, qui, en tant qu’homme de connaissance, se sentait divin : - trois fois par erreur, donc.”

"Même chez le plus consciencieux, le reproche de la conscience est faible face au sentiment : “Telle ou telle chose est en contradiction avec les bonnes moeurs de ta société.” Même le plus fort craint encore un regard froid, une grimace de la part de ceux sous l’autorité de qui et pour qui on a été élevé. Qu’y craint-on réellement ? L’isolement ! entendu comme l’argument qui anéantit jusqu’aux meilleurs arguments en faveur d’une personne ou d’une cause ! - Ainsi parle, du fond de nous-mêmes, l’instinct du troupeau."

"On ne doit pas vouloir dépasser l’ardeur au travail de son père - cela rend malade."

"Quel est le sceau de l’acquisition de la liberté ? - Ne plus avoir honte de soi-même."

"Peu d’hommes possèdent de manière générale la foi en eux-mêmes : - et dans ce petit nombre, les uns la reçoivent en partage, comme un aveuglement utile ou une éclipse partielle de leur esprit - (que découvriraient-ils s’ils pouvaient se voir jusqu’au fond!), les autres doivent d’abord travailler à l’acquérir : tout ce qu’ils font de bien, de remarquable, de grand est avant tout un argument contre le sceptique qu’ils hébergent : il s’agit de convaincre ou de persuader celui-ci, et il faut presque du génie pour cela. Ce sont les grands difficiles envers soi-même."

"Tout bonheur sur terre,
Mes amis, est donné par la lutte !
Oui, pour devenir amis,
Il faut la fumée de la poudre !
En trois choses les amis ne font qu’un :
Frères face à la misère,
Egaux face à l’ennemi,
Libres – face à la mort ! “

"Où que tu te tiennes, creuse profondément !
La source est au-dessous !
Laisse les sombre crier :
"Ce qu’il y a toujours au-dessous - c’est l’enfer !"

"Ma manière et mon langage te séduisent,
Tu me suis, tu marches sur mes pas ?
Ne suis fidèlement que toi-même : -
Et alors tu me suivras - doucement ! doucement !”

"Je connais l’esprit de bien des hommes
Et ne sais pas qui je suis moi-même !
Mon oeil est bien trop près de moi -
Je ne suis pas ce que je vois et vis.
Je me serais bien plus utile,
Si je pouvais m’éloigner de moi.
Pas aussi loin qu’un ennemi !
Trop loin est déjà le plus proche ami -
Mais à mi-chemin entre lui et moi !
Devinez-vous ce que je demande ?”

"Coupant et doux, grossier et délicat,
Familier et curieux, sale et pur,
Rendez-vous des fous et des sages :
Tout cela je suis, je veux être,
Colombe à la fois, serpent et cochon !”

"Tu te plains de n’avoir plus goût à rien ?
Encore et toujours, mon ami, tes vieilles lubies ?
Je t’entends jurer, brailler, cracher -
Cela épuise ma patience et mon coeur.
Crois-m’en, mon ami! Décide-toi librement
À avaler un crapaud gras,
Promptement et sans regarder! -
Voilà qui te guérira de ta dyspepsie !”

"Le soleil, tous les épuisés le maudissent ;
La valeur de l’arbre, c’est pour eux - son ombre !”

"Ecce Homo
Oui ! Je connais mon ascendance !
Insatiable telle la flamme,
Je brûle et me consume.
Lumière devient tout ce que je touche,
Charbon tout ce que je laisse :
À coup sûr, c’est flamme que je suis.”

"Prédestiné à la trajectoire des astres,
Que t’importe, astre, l’obscurité ?
Roule bienheureux à travers cette époque !
Sa misère te soit étrangère et lointaine !
C’est au monde le plus éloigné qu’appartient ton éclat :
La pitié doit t’être péché !
Une seule loi vaut pour toi : sois pur !”

Henri LABORIT


Encore quelques mots de ce grand penseur, tirés d’autres ouvrages, ou d’interviews. À noter : cet entretien avec Jacques Languirand, pour Radio-Canada, dans lequel Laborit se lâche et parle d’une “conscience cosmique”… Bien sûr, il rigole un peu de cette idée (“C’est du roman…”) qui va à l’encontre de ses convictions de scientifique athée. Néanmoins, il visait juste selon moi…

L’agressivité détournée : Introduction à une biologie du comportement social,
1970

"Comment espérer qu’un jour l’Homme que nous portons tous en nous puisse se dégager de l’animal que nous portons également si jamais on ne lui dit comment fonctionne cette admirable mécanique que représente son système nerveux ? Comment espérer voir disparaître l’agressivité destructrice, la haine, la violence et la guerre ? N’est-il pas indispensable de lui montrer combien aux yeux de la science peuvent paraître mesquins et ridicules les sentiments qu’on lui a appris à considérer souvent comme les plus nobles sans lui dire que c’est seulement parce qu’ils sont les plus utiles à la conservation des groupes et des classes sociales, alors que l’imagination créatrice, propriété fondamentale et caractéristique de son cerveau, n’est le plus souvent, c’est le moins qu’on puisse dire, absolument pas exigée pour faire un honnête homme et un bon citoyen."

L’homme et la ville, 1971

Les besoins de l’homme moderne lui sont essentiellement suggérés par son environnement social. En apparence, chaque individu semble désirer posséder les signes, les objets et les comportements de la classe qui le domine et à laquelle il souhaite appartenir. C’est apparemment la tendance fréquente du matérialisme bourgeois. En réalité, nous verrons en traitant de la diffusion des informations que la société bourgeoise et nous entendons par là toute société dans laquelle la motivation fondamentale est le profit pour la domination, ne diffuse que les informations lui permettant de se maintenir. Or, Pour se maintenir, elle doit vendre, d’où le mythe de l’expansion continue. Pour vendre, elle doit produire exclusivement des objets qui s’achètent d’une part, et faire participer la masse des producteurs à ces achats.

Il résulte de cet enchaînement impératif que pour survivre elle doit créer dans le système nerveux de tous les individus qui la constituent, quelle que soit la classe sociale à laquelle ils appartiennent, des automatismes basés sur des jugements de valeur qu’elle croit elle-même être des choix. Elle y parvient d’autant plus facilement aujourd’hui que la diffusion des informations est plus rapide et que les moyens de diffuser ces informations sont plus nombreux. La technologie a réalisé là sa plus belle performance. La publicité par l’affiche, la presse, la radio, la télévision n’a qu’une finalité : créer des automatismes. Bien plus, tout ce qui est vu ou entendu ne vise qu’à créer une conception générale de la vie humaine orientée vers la notion que le bonheur s’obtient en consommant.”

La nouvelle grille, 1974

Il faut propager au plus vite cette notion que l’homme “n’est” pas une force de travail mais une structure qui traite l’information et qui se trouve être également une source nouvelle d’information. Qu’une partie de celle-ci lui serve à transformer la matière et l’énergie et aboutisse à la création d’objets, que ceux-ci aient avant tout une valeur d’usage, avant d’avoir une valeur d’échange, cette dernière assurant d’abord le maintien de la dominance, est admissible. Mais que cette information que sécrète son cerveau imaginant lui serve exclusivement à produire des objets, des marchandises, c’est là qu’est l’erreur fondamentale qu’ont entretenu les idéologies socio-économiques contemporaines.”

"Mais puisque l’information est nécessaire à l’action efficace, comment le peuple peut-il agir puisqu’il est ou bien non informé, ou plus gravement encore, informé de façon unidimensionnelle, orientée de manière à maintenir les structures hiérarchiques et de domination, cela aussi bien en régimes capitalistes que socialistes existants. Tant que les informations seront entre les mains de quelques-uns, que leur diffusion se fera de haut en bas, après filtrage, et qu’elles seront reçues à travers les grilles imposées par ceux qui ne désirent pas, pour la satisfaction de la dominance, que cette grille soit contestée ou qu’elle se transforme, la démocratie est un vain mot, la fausse monnaie du socialisme."

"Une idée neuve a déjà bien du mal à se faire entendre en dehors de tout musellement de l’expression, du seul fait qu’elle ne s’est pas inscrite dans les schémas nerveux antérieurs. Elle est génératrice d’angoisse du fait du déficit informationnel. Il ne suffit pas seulement d’émettre une information, il faut encore un système sensible pour la recevoir et la plupart du temps cette information ressemble à une chaîne nouvelle de télévision pour laquelle aucun appareil de réception ne posséderait de structure d’accueil. Elle passe dans l’air sans se transformer, se traduire dans une image. Mais surtout, même si elle peut être accrochée et traduite en langage clair, il faut aussi des spectateurs pour l’enregistrer, pour la fixer dans leur mémoire, pour qu’elle constitue pour eux une expérience supplémentaire, un enrichissement du matériel sur lequel pourront travailler les systèmes associatifs individuels. Il faut donc du temps libre pour la recevoir et la traiter. Ce temps libre sera pris sur le temps consacré au travail productif et en conséquence la production en pâtira."

Mon oncle d’Amérique, 1980

"Tant qu’on n’aura pas diffusé très largement à travers les hommes de cette planète la façon dont fonctionne leur cerveau, la façon dont ils l’utilisent et tant que l’on n’aura pas dit que jusqu’ici cela a toujours été pour dominer l’autre, il y a peu de chance qu’il y ait quoi que ce soit qui change."

Dieu ne joue pas aux dés, 1987

"On parle du droit à la vie, mais jamais du droit à la non-existence. Est-ce que vous avez décidé de naître ? Non, sans doute, mais ensuite, débrouillez-vous, même si vous naissez au Sahel en période de famine."

"Une action humaine n’est jamais gratuite et quand on croit connaître les mécanismes fondamentaux des comportements humains, on peut toujours déceler un égoïsme biologique et trivial dans toute action en apparence désintéressée."

Jacques Languirand rencontre Henri Laborit (Radio-Canada), 1987

"Est-ce que nous sommes conscients, nous, avec notre discours individuel, d’une conscience qui nous dépasserait et qui serait celle d’un groupe social et qui aurait sa propre réalité, si on veut? Et puis alors, poussé jusqu’à l’absurde, est-ce qu’il n’existe pas une conscience cosmique que l’on appelle Dieu et qui n’a pas de barbe… qui n’est pas un monsieur assis sur un nuage et qui serait un ensemble des relations de toute l’énergie de l’univers? Pourquoi pas? Et qui alors, évidemment, n’ayant pas à se déplacer parce qu’elle serait l’espace et le temps réunis… … elle est celle qui est comme le disent aussi bien les Upanisads… Alors là c’est du roman, moi ça m’amuse le roman, les romans philosophiques… c’est quand même très enrichissant de penser à ce qu’on est dans un univers incompréhensible ou difficilement compréhensible sur une planète isolée…"

Divers

"Beaucoup d’entre nous mourront ainsi sans jamais être nés à leur humanité, ayant confiné leurs systèmes associatifs à l’innovation marchande, en couvrant  de mots la nudité simpliste de leur inconscient dominateur."

"Il est plus facile de professer en paroles un humanisme de bon aloi, que de rendre service à son voisin de palier."

"Les carottes que la société vous tend, c’est ça qui fait qu’on est conforme à elle. Elle vous récompense de votre ulcère de l’estomac, de votre hypertension artérielle, de votre infarctus du myocarde. Je vais peut-être claquer demain mais à 75 ans, je baise encore au moins trois fois par semaine et je vis. Je suis un être vivant et non plus un robot à qui la société a donné tous les honneurs parce qu’il était bien conforme à ce qu’elle attendait de lui."

"Quand vous voyez dans un cimetière, sur une tombe, ça se voit de temps en temps: “Bon fils, bon époux, bon père, bon citoyen, priez pour lui…”, le type est mort d’un infarctus, impuissant à 40 ans, etc. Il avait tout pour être heureux, il était parfaitement conforme et on a sûrement dit: “C’était un type équilibré, il était adapté, bien adapté. Finalement, aucune de ses pulsions, il n’a pu les exprimer… Il était enfermé dans tous ses jugements de valeur, ses automatismes culturels… tout ce qui lui interdisait d’agir et d’être heureux. Mais on lui a donné en remplacement des satisfactions: la légion d’honneur, la croix du mérite, il a eu un avancement social remarquable mais jamais il n’a pu exprimer ce qu’il était. Il ne le savait même pas lui-même, c’est ça qui est dangereux. C’est que l’inconscient dont on parlait tout à l’heure, il faut qu’on vous apprenne comment il fonctionne et comment il se construit."

Henri LABORIT, Éloge de la fuite, 1976

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Ce n’est pas l’Utopie qui est dangereuse, car elle est indispensable à l’évolution. C’est le dogmatisme, que certains utilisent pour maintenir leur pouvoir, leurs prérogatives et leur dominance.”

C’est l’ouvrage le plus connu d’Henri Laborit. L’intellectuel français y développe ses idées et découvertes principales autour de concept-clés comme l’amour, la liberté, le travail, etc. Je préfère “l’homme imaginant”, que je recommande toujours aux novices, mais je conseille tout de même la lecture de ce bouquin à ceux qui n’ont pas peur des grands penseurs et qui osent se poser des questions… 

Quatrième de couverture : 

"«Se révolter, c’est courir à sa perte, car la révolte, si elle se réalise en groupe, retrouve aussitôt une échelle hiérarchique de soumission à l’intérieur du groupe, et la révolte, seule, aboutit rapidement à la soumission du révolté… Il ne reste plus que la fuite.» Henri Laborit pose, à la lumière des découvertes biologiques, la question de notre libre arbitre, de notre personnalité même. La politique, la société, tout prend dès lors une autre dimension."

Extraits : 

"Quand il ne peut plus lutter contre le vent et la mer pour poursuivre sa route, il y a deux allures que peut encore prendre un voilier : la cape (le foc bordé à contre et la barre dessous) le soumet à la dérive du vent et de la mer, et la fuite devant la tempête en épaulant la lame sur l’arrière avec un minimum de toile. La fuite reste souvent, loin des côtes, la seule façon de sauver le bateau et son équipage. Elle permet aussi de découvrir des rivages inconnus qui surgiront à l’horizon des calmes retrouvés. Rivages inconnus qu’ignoreront toujours ceux qui ont la chance apparente de pouvoir suive la route des cargos et des tankers, la route sans imprévu imposée par les compagnies de transport maritime. Vous connaissez sans doute un voilier nommé “Désir”."

On ne peut être heureux si l’on ne désire rien.”

"Les dominants ont toujours utilisé l’imaginaire des dominés à leur profit."

"Le tragique de la destinée humaine ne vient-il pas de ce que l’homme comprend qu’il en connaît assez pour savoir qu’il ne connaît rien de sa destinée, et qu’il n’en connaîtra jamais suffisamment pour savoir s’il y aura autre chose à connaître." 

"Confronté à une épreuve, l’homme ne dispose que de trois choix : 1) combattre ; 2) ne rien faire ; 3) fuir."

"Don Quichotte avait raison. Sa position est la seule défendable. Toute autorité imposée par la force est à combattre. Mais la force, la violence, ne sont pas toujours du côté où l’on croit les voir. La violence institutionnalisée, celle qui prétend s’appuyer sur la volonté du plus grand nombre, plus grand nombre devenu gâteux non sous l’action de la marijuana, mais sous l’intoxication des mass media et des automatismes culturels traînant leur sabre sur le sol poussiéreux de l’Histoire, la violence des justes et des bien-pensants, ceux-là même qui envoyèrent le Christ en croix, toujours solidement accrochés à leur temple, leurs décorations et leurs marchandises, la violence qui s’ignore ou se croit justifiée, est fondamentalement contraire à l’évolution de l’espèce. Il faut la combattre et lui pardonner car elle ne sait pas ce qu’elle fait."

"C’est un lieu commun que de dire que la Science a tué la Foi, qu’elle a tué les anciens dieux. Il est exact de dire qu’elle a remplacé la Foi dans la thérapeutique de l’angoisse. L’homme attend d’elle qu’elle le rende immortel, dans ce monde et non dans l’autre. Mais la déception est proche car la science n’apporte pas de solution à la destinée. Elle ne donne pas de “sens à la vie”. Elle se contente de l’organiser. Ou si elle lui donne un sens, c’est de n’en avoir aucun, d’être un processus hasardeux et hautement improbable."

"La sensation fallacieuse de liberté s’explique du fait que ce qui conditionne notre action est généralement du domaine de l’inconscient, et que par contre le discours logique est, lui, du domaine du conscient. C’est ce discours qui nous permet de croire au libre choix. Mais comment un choix pourrait-il être libre alors que nous somme inconscients des motifs de notre choix, et comment pourrions-nous croire à l’existence de l’inconscient puisque celui-ci est par définition inconscient ? […] Les sociétés libérales ont réussi à convaincre l’individu que la liberté se trouvait dans l’obéissance aux règles des hiérarchies du moment et dans l’institutionnalisation des règles qu’il faut observer pour s’élever pour ces hiérarchies. Les pays socialistes ont réussi à convaincre l’individu que lorsque la propriété privée des moyens de production et d’échanges était supprimée, libéré de l’aliénation de sa force de travail au capital, il devenait libre, alors qu’il reste tout autant emprisonné dans un système hiérarchique de dominance."

"Tous les autoportraits, tous les mémoires ne sont que des impostures conscientes ou, plus tristement encore, inconscientes."

"Il y a plusieurs façons de fuir. Certains utilisent les drogues dites “psychotogènes”. D’autres la psychose. D’autres le suicide. D’autres la navigation en solitaire. Il y a peut-être une autre façon encore : fuir dans un monde qui n’est pas de ce monde, le monde de l’imaginaire. Dans ce monde on risque peu d’être poursuivi. On peut s’y tailler un vaste territoire gratifiant, que certains diront narcissique. Peu importe, car dans le monde où règne le principe de réalité, la soumission et la révolte, la dominance et le conservatisme auront perdu pour le fuyard leur caractère anxiogène et ne seront plus considérés que comme un jeu auquel on peut, sans crainte, participer de façon à se faire accepter par les autres comme “normal”. Dans ce monde de la réalité, il est possible de jouer jusqu’au bord de la rupture avec le groupe dominant, et de fuir en établissant des relations avec d’autres groupes si nécessaire, et en gardant intacte sa gratification imaginaire, la seule qui soit essentielle et hors d’atteinte des groupes sociaux."

"Dans notre monde, ce ne sont pas des hommes que vous rencontrez le plus souvent, mais des agents de production, des professionnels. Ils ne voient non plus en vous l’Homme, mais le concurrent, et dès que votre espace gratifiant entre en interaction avec le leur, ils vont tenter de prendre le dessus, de vous soumettre. Alors, si vous hésitez à vous transformer en hippie, ou à vous droguer, il faut fuir, refuser la lutte si c’est possible. Car ces adversaires ne vous aborderont jamais seuls. Ils s’appuieront sur un groupe ou une institution. L’époque de la chevalerie est loin où l’on se mesurait, un à un, en champ clos. Ce sont les confréries qui s’attaquent aujourd’hui à l’homme seul, et si celui-ci a le malheur d’accepter la confrontation, elles sont sûres de la victoire, car elles exprimeront le conformisme, les préjugés, les lois socio-culturelles du moment. Si vous vous promenez seul dans la rue, vous ne rencontrerez jamais un autre homme seul, mais toujours une compagnie de transport en commun."

“Amour. Avec ce mot, on explique tout, on pardonne tout, on valide tout parce que l’on ne cherche jamais à savoir ce qu’il contient. C’est le mot de passe qui permet d’ouvrir les cœurs, les sexes, les sacristies et les communautés humaines. Il couvre d’un voile prétendument désintéressé, voire transcendant, la recherche de la dominance et le prétendu instinct de propriété. C’est un mot qui ment à longueur de journée et ce mensonge est accepté, la larme à l’œil, sans discussion, par tous les hommes. Il fournit une tunique honorable à l’assassin, à la mère de famille, au prêtre, aux militaires, aux bourreaux, aux inquisiteurs, aux hommes politiques.”

"Aimer l’autre, cela devrait vouloir dire que l’on admet qu’il puisse penser, sentir, agir de façon non conforme à nos désirs, à notre propre gratification, accepter qu’il vive conformément à son système de gratification personnel et non conformément au nôtre. Mais l’apprentissage culturel au cours des millénaires a tellement lié le sentiment amoureux à celui de possession, d’appropriation, de dépendance par rapport à l’image que nous nous faisons de l’autre, que celui qui se comporterait ainsi par rapport à l’autre serait en effet qualifié d’indifférent."

"Ainsi, j’ai compris que ce que l’on appelle “amour” naissait du réenforcement de l’action gratifiante autorisée par un autre être situé dans notre espace opérationnel et que le mal d’amour résultait du fait que cet être pouvait refuser d’être notre objet gratifiant ou devenir celui d’un autre, se soustrayant ainsi plus ou moins complètement à notre action. Que ce refus ou ce partage blessait l’image idéale que l’on se faisait de soi, blessait notre narcissisme et initiait soit la dépression, soit l’agressivité, soit le dénigrement de l’être aimé.

J’ai compris aussi ce que bien d’autres avaient découvert avant moi, que l’on naît, que l’on vit, et que l’on meurt seul au monde, enfermé dans sa structure biologique qui n’a qu’une seule raison d’être, celle de se conserver. Mais j’ai découvert aussi que, chose étrange, la mémoire et l’apprentissage faisaient pénétrer les autres dans cette structure, et qu’au niveau de l’organisation du moi, elle n’était plus qu’eux. J’ai compris enfin que la source profonde de l’angoisse existentielle, occultée par la vie quotidienne et les relations interindividuelles dans une société de production, c’était cette solitude de notre structure biologique enfermant en elle-même l’ensemble, anonyme le plus souvent, des expériences que nous avons retenues des autres. Angoisse de ne pas comprendre ce que nous sommes et ce qu’ils sont, prisonniers enchaînés au même monde de l’incohérence et de la mort. J’ai compris que ce que l’on nomme amour pouvait n’être que le cri prolongé du prisonnier que l’on mène au supplice, conscient de l’absurdité de son innocence ; ce cri désespéré, appelant l’autre à l’aide et auquel aucun écho ne répond jamais. Le cri du Christ en croix : “Eli, Eli, lamna sabacthani” “Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?”. Il n’y avait là, pour lui répondre, que le Dieu de l’élite et du sanhédrin. Le Dieu des plus forts. C’est sans doute pourquoi on peut envier ceux qui n’ont pas l’occasion de pousser un tel cri, les riches, les nantis, les tout-contents d’eux-mêmes, les fiers-à-bras-du-mérite, les héros de l’effort récompensé, les faites-donc-comme-moi, les j’estime-que, les il-est-évident-que, les sublimateurs, les certains, les justes. Ceux-là n’appellent jamais à l’aide, ils se contentent de chercher des “appuis” pour leur promotion sociale. Car, depuis l’enfance, on leur a dit que seule cette dernière était capable d’assurer leur bonheur. Ils n’ont pas le temps d’aimer, trop occupés qu’ils sont à gravir les échelons de leur échelle hiérarchique. Mais ils conseillent fortement aux autres l’utilisation de cette “valeur” la plus “haute” dont ils s’affirment d’ailleurs pétris. Pour les autres, l’amour commence avec le vagissement du nouveau-né lorsque, quittant brutalement la proche des eaux maternelle, il sent tout à coup sur sa nuque tomber le vent froid du monde et qu’il commence à respirer, seul, tout seul, pour lui-même, jusqu’à la mort. Heureux celui que le bouche à bouche parfois vient assister.
- Narcisse, tu connais ? “

"L’Homme est enfin, on peut le supposer, le seul animal qui sache qu’il doit mourir. Ses luttes journalières compétitives, sa recherche du bien-être à travers l’ascension hiérarchique, son travail machinal accablant, lui laissent peu de temps pour penser à la mort, à sa mort. C’est dommage, car l’angoisse qui en résulte est sans doute la motivation la plus puissante à la créativité. Celle-ci n’est-elle pas en effet une recherche de la compréhension, du pourquoi et du comment du monde, et chaque découverte ne nous permet-elle pas d’arracher un lambeau au linceul de la mort? N’est-ce pas ainsi que l’on peut comprendre qu’en son absence celui qui “gagne” sa vie la perd?"

"L’ignorance de ce qui peut exister après la mort, l’ignorance du moment où celle-ci surviendra, ou au contraire la reconnaissance de sa venue prochaine et inévitable, sans possibilité de fuite ou de lutte, la croyance à la nécessite d’une soumission aux règles morales ou culturelles pour pouvoir profiter agréablement de l’autre vie, le rôle de l’imagination bien alimentée par la civilisation judéo-chrétienne qui tente de tracer le tableau de celle-ci, ou celui du passage peut-être douloureux, de la vie terrestre au ciel, au néant, au purgatoire ou à l’enfer, tout cela fait partie, même pour l’athée le plus convaincu, dans l’obscurité de son inconscient, dans le dédale de ses refoulements, de son acquis culturel. Et tout cela ne peut trouver une solution dans l’action, l’action protectrice, prospective, gratifiante.

Même en écarquillant les yeux, l’Homme ne voit rien. Il tâtonne en trébuchant sur la route obscure de la vie, dont il ne sait ni d’où elle vient, ni où elle va. Il est aussi angoissé qu’un enfant enfermé dans le noir. C’est la raison du succès à travers les âges des religions, des mythes, des horoscopes, des rebouteux, des prophètes, des voyants extralucides, de la magie et de la science aujourd’hui. Grâce à ce bric-à-brac ésotérique, l’Homme peut agir. Du moins il ne demande qu’à le croire pour soulager son angoisse. Mais, dès sa naissance, la mort lui passe les menottes aux poignets. C’est parce qu’il le sait, tout en faisant l’impossible pour ne pas y penser, qu’il est habituel de considérer que lorsque des primates ont enterré leurs morts en mettant autour d’eux leurs objets familiers pour calmer leur angoisse, dès ce moment, ces primates méritent d’être appelés des Hommes.”

"Le créateur doit être motivé à créer. Pour cela, il doit généralement ne pas trouver de gratification suffisante dans la société à laquelle il appartient. Il doit avoir des difficultés à s’inscrire dans une échelle hiérarchique fondée sur la production de marchandises. Celle-ci exigeant, pour assurer sa promotion sociale, une certaine faculté d’adaptation à l’abstraction physique et mathématique, beaucoup, rebutés d’autre part par la forme “insignifiante” prise par le travail manuel à notre époque, s’orientent vers les sciences dites humaines ou vers les activités artistiques, “culturelles”. Mais celles-ci sont moins “payantes” pour une société dite de production, et les débouchés moins nombreux. Par contre, l’appréciation de la valeur de l’œuvre étant pratiquement impossible, tant l’échelle en est mobile, affective, non logique, l’artiste conserve un territoire vaste pour agir et surtout une possibilité de consolation narcissique. S’il n’est pas apprécié, aucun critère objectif solide ne permettant d’affirmer que les autres ont raison, il peut toujours se considérer comme incompris. Envisagée sous cet aspect, la création est bien une fuite de la vie quotidienne, une fuite des réalités sociales, des échelles hiérarchiques, une fuite dans l’imaginaire. Mais, avant d’atteindre le ciel nimbé d’étoiles de l’imaginaire, la motivation pulsionnelle, la recherche du plaisir qui n’a pu s’inscrire dans une dominance hiérarchique, doit encore traverser la couche nuageuse de la socio-culture en place. L’artiste, dès l’oeuf fécondé, est forcément lié à elle dans le temps et dans l’espace social. Il la fuit mais il en reste plus ou moins imprégné. Aussi génial soit-il, l’artiste appartient à une époque, réalisant la synthèse de ceux qui l’ont précédé et la réaction aux habitudes culturelles que ceux-ci ont imposées. C’est dans cette réaction d’ailleurs qu’il peut trouver son originalité. Mais c’est aussi en elle que réside l’ambiguïté de l’art pour ses contemporains. Le besoin d’être admiré, aimé, apprécié, qui envahit chacun de nous, pousse l’artiste au non-conformisme. Il refuse le déjà vu, le déjà entendu. La création est à ce prix et l’admiration qu’elle suscite également. Mais l’oeuvre originale s’éloigne alors des critères de références généralement utilisés pour la juger et l’art se devant de ne pas être objectif, de prendre ses distances d’avec la sensation, d’avec le monde du réel, il devient fort difficile d’émettre à son égard un jugement immédiat. L’art est un plat qui se mange froid, comme la vengeance. Seule l’évolution imprévisible du goût pourra par la suite affirmer le génie."

"Il n’y a que dans les pays où le pouvoir hiérarchique n’est plus lié à la propriété des choses, mais au conformisme idéologique, que les mots reprennent de l’importance et que la culture, qui ne se vend pas, ne peut plus se permettre d’être déviante. En pays capitalistes au contraire, le système, cimenté par la puissance adhésive de la marchandise, accepte, pourvu qu’elle se vende, toute idée, même révolutionnaire. Sa vente ne peut que favoriser la cohésion du système et montrer le libéralisme idéologique de la société qui l’autorise."

"Tant que les hommes ne sauront pas que rien dans l’humaine adhérence au monde, rien de ce qui s’accumule dans leur système nerveux n’est isolé, séparé du reste, que tout se tien, s’organise, s’informe en lui, en obéissant à des lois strictes dont la plupart restent encore à découvrir, ils accepteront la division en homme productif et en homme de culture. Cette division elle-même est un phénomène culturel, comme la croyance à l’esprit et à la matière, au bien et au mal, au beau et au laid, etc. Et cependant, les choses se contentent d’être. C’est l’homme qui les analyse, les sépare, les cloisonne, et jamais de façon désintéressée. Au début, devant l’apparent chaos du monde, il a classé, construit ses tiroirs, ses chapitres, ses étagères. Il a introduit son ordre dans la nature pour agir. Et puis, il a cru que cet ordre était celui de la nature elle-même, sans s’apercevoir que c’était le sien, qu’il était établi avec ses propres critères, et que ces critères, c’étaient ceux qui résultaient de l’activité fonctionnelle du système lui permettant de prendre contact avec le monde : son système nerveux."

"La sensation fallacieuse de liberté s’explique du fait que ce qui conditionne notre action est généralement du domaine de l’inconscient, et que par contre le discours logique est, lui, du domaine du conscient. C’est ce discours qui nous permet de croire au libre choix. Mais comment un choix pourrait-il être libre alors que nous sommes inconscients des motifs de notre choix, et comment pourrions-nous croire à l’existence de l’inconscient puisque celui-ci est par définition inconscient ? Comment prendre conscience de pulsions primitives transformées et contrôlées par des automatismes socio-culturels lorsque ceux-ci, purs jugement de valeur d’une société donnée à une certaine époque, sont élevés au rang d’éthique, de principes fondamentaux, de lois universelles, alors que ce ne sont que les règlements de manœuvres utilisés par une structure sociale de dominance pour se perpétuer, se survivre ? Les sociétés libérales ont réussi à convaincre l’individu que la liberté se trouvait dans l’obéissance aux règles des hiérarchies du moment et dans l’institutionnalisation des règles qu’il faut observer pour s’élever dans ces hiérarchies. Les pays socialistes ont réussi à convaincre l’individu que lorsque la propriété privée des moyens de production et d’échanges était supprimée, libéré de l’aliénation de sa force de travail au capital, il devenait libre, alors qu’il reste tout autant emprisonné dans un système hiérarchique de dominance.

La sensation fallacieuse de liberté vient aussi du fait que le mécanisme de nos comportements sociaux n’est entré que depuis peu dans le domaine de la connaissance scientifique, expérimentale, et ces mécanismes sont d’une telle complexité, les facteurs qu’ils intègrent sont si nombreux dans l’histoire du système nerveux d’un être humain, que leur déterminisme semble inconcevable. Ainsi, le terme de “liberté” ne s’oppose pas à celui de “déterminisme” car le déterminisme auquel on pense est celui du principe de causalité linéaire, telle cause ayant tel effet. Les faits biologiques nous font heureusement pénétrer dans un monde où seule l’étude des systèmes, des niveaux d’organisation, des rétroactions, des servomécanismes, rend ce type de causalité linéaire, telle cause ayant tel effet. Ce qui ne veut pas dire qu’un comportement soit libre. Les facteurs mis en cause sont simplement trop nombreux, les mécanismes mis en jeu trop complexes pour qu’il soit dans tous les cas prévisible. Mais les règles générales que nous avons précédemment schématisées permettent de comprendre qu’ils sont cependant entièrement programmés par la structure innée de notre système nerveux et par l’apprentissage socio-culturel.

Comment être libre quand une grille explicative implacable nous interdit de concevoir le monde d’une façon différente de celle imposée par les automatismes socio-culturels qu’elle commande ? Quand le prétendu choix de l’un ou de l’autre résulte de nos pulsions instinctives, de notre recherche du plaisir par la dominance de nos automatismes socio-culturels déterminés par notre niche environnementale ? Comment être libre aussi quand on sait que ce que nous possédons dans notre système nerveux, ce ne sont que nos relations intériorisées avec les autres ? Quand on sait qu’un élément n’est jamais séparé d’un ensemble ? Qu’un individu séparé de tout environnement social devient un enfant sauvage qui ne sera jamais un homme ? Que l’individu n’existe pas en dehors de sa niche environnementale à nulle autre pareille qui le conditionne entièrement à être ce qu’il est ? Comment être libre quand on sait que cet individu, élément d’un ensemble, est également dépendant des ensembles plus complexes qui englobent l’ensemble auquel il appartient ? Quand on sait que l’organisation des sociétés humaines jusqu’au plus grand ensemble que constitue l’espèce, se fait par niveaux d’organisation qui chacun représente la commande du servomécanisme contrôlant la régulation du niveau sous-jacent ? La liberté ou du moins l’imagination créatrice ne se trouve qu’au niveau de la finalité du plus grand ensemble et encore obéit-elle sans doute, même à ce niveau, à un déterminisme cosmique qui nous est caché, car nous n’en connaissons pas les lois.”

"Combattre l’idée fallacieuse de la Liberté, c’est espérer en gagner un peu sur le plan sociologique. Mais, pour cela, il ne suffit pas d’affirmer son absence. Il faut aussi démontrer les mécanismes comportementaux dont la mise en évidence permet de comprendre pourquoi elle n’existe pas. Ce n’est qu’alors qu’il sera peut-être possible de contrôler ces mécanismes et d’accéder à un nouveau palier du déterminisme universel, qui pendant quelques millénaires sentira bon la Liberté, comparé au palier sur lequel l’humanité se promène encore.

A-t-on pensé aussi que dès que l’on abandonne la notion de liberté, on accède immédiatement, sans effort, sans tromperie langagière, sans exhortations humanistes, sans transcendance, à la notion toute simple de tolérance ? Mais, là encore, c’est enlever à celle-ci son apparence de gratuité, de don du prince, c’est supprimer le mérite de celui qui la pratique, comportement flatteur emprunt d’humanisme et que l’on peut toujours conseiller, sans jamais l’appliquer, puisqu’il n’est pas obligatoire du fait qu’il est libre. Pourtant, il est probable que l’intolérance dans tous les domaines résulte du fait que l’on croit l’autre libre d’agir comme il le fait, c’est-à-dire de façon non conforme à nos projets. On le croit libre et donc responsable de ses actes, de ses pensées, de ses jugements. On le croit libre et responsable s’il ne choisit pas le chemin de la vérité, qui est évidemment celui que nous avons suivi. Mais si l’on devine que chacun de nous depuis sa conception a été placé sur des rails dont il ne peut sortir qu’en “déraillant”, comment peut-on lui en vouloir de son comportement ? Comment ne pas tolérer, même si cela nous gène, qu’il ne transite pas par les mêmes gares que nous ? Or, curieusement, ce sont justement ceux qui “déraillent”, les malades mentaux, ceux qui n’ont pas supporté le parcours imposé par la S.N.C.F., par le destin social, pour lesquels nous sommes le plus facilement tolérants. Il est vrai que nous les supportons d’autant mieux qu’ils sont enfermés dans la prison des hôpitaux psychiatriques. Notez aussi que si les autres sont intolérants envers nous, c’est qu’ils nous croient libres et responsables des opinions contraires aux leurs que nous exprimons. C’est flatteur, non ?”

"Bien sûr le monde de l’imaginaire et le bonheur qu’il contient ne sont accessibles aujourd’hui qu’à un nombre restreint de petits-bourgeois comme celui qui vous parle. Mais il n’est peut-être pas la propriété exclusive d’une classe sociale, car les bourgeois qui en profitent sont aussi peu nombreux que les prolétaires, tous entraînés qu’ils sont dans le broyeur économique. Par ailleurs, souvent maladroitement, sous une forme inadaptée en enfantine, un nombre de plus en plus grand de jeunes redécouvrent la richesse du désir et tentent d’abandonner ce monde de truands inconscients, de condottieres impuissants enchaînés à leurs pulsions dominatrices, à leurs marchandises, à leur conquête des marchés pour vendre n’importe quoi, à leur promotion sociale. D’autres, plus maladroits encore, fabriquent avec des drogues un imaginaire de remplacement, leur fournissant une fuite pharmacologique de ce monde dément. D’autres enfin, ne trouvent de refuge que dans la psychose.

Il y a bien aussi les révolutionnaires ou soi-disant tels, mais ils sont si peu habitués à faire fonctionner cette partie du cerveau que l’on dit propre à l’Homme, qu’ils se contentent généralement, soit de défendre des options inverses de celles imposées par les dominants, soit de tenter d’appliquer aujourd’hui ce que des créateurs du siècle dernier ont imaginé pour leur époque. Tout ce qui n’entre pas dans leurs schémas préfabriqués n’est pour eux qu’utopie, démobilisation des masses, idéalisme petit-bourgeois. Il faut cependant reconnaître que les idéologies à facettes qu’ils défendent furent toujours proposées par de petits-bourgeois, ayant le temps de penser et de faire appel à l’imaginaire. Mais aucune de ces idéologies ne remet en cause les systèmes hiérarchiques, la production, la promotion sociale, les dominances. Elles vous parlent de nouvelles sociétés, mais ceux qui les préconisent pensent bien bénéficier d’une place de choix dans ces sociétés à venir. Le profit capitaliste étant supprimé, l’ouvrier aura accès à la culture. Il s’agit évidemment d’une culture qui n’aura pas le droit de remettre en question les hiérarchies nouvelles, une culture désinfectée, galvanisée, conforme. Personne n’ose dire que le profit capitaliste n’est pas une fin en soi, mais simplement un moyen d’assurer les dominances, et que le désir de puissance possède bien d’autres moyens de s’exprimer lorsque la nouvelle structure sociale s’est organisée, institutionnalisée en faveur d’un nouveau système hiérarchique. Et l’homme court toujours après son bonheur. Il pense qu’il suffit d’institutionnaliser de nouveaux rapports sociaux pour l’obtenir. Mais on supprime la propriété privée des moyens de production et l’on retrouve la dominance des bureaucrates, technocrates, et de nouvelles hiérarchies. Dès que l’on met deux hommes ensemble sur le même territoire gratifiant, il y a toujours eu jusqu’ici un exploiteur et un exploité, un maître et un esclave, un heureux et un malheureux, et je ne vois pas d’autre façon de mettre fin à cet état de choses que d’expliquer à l’un et à l’autre pourquoi il en a toujours été ainsi. Comment peut-on agir sur un mécanisme si on en ignore le fonctionnement ? Mais, évidemment, ceux qui profitent de cette ignorance, sont tous les régimes, ne sont pas prêts à permettre la diffusion de cette connaissance; Surtout que le déficit informationnel, l’ignorance, sont facteurs d’angoisse et que ceux qui en souffrent sont plus tentés de faire confiance à ceux qui disent qu’ils savent, se prétendent compétents, et les paternalistes, que de faire eux-mêmes l’effort de longue haleine de s’informer. Ils font confiance pour les défendre, pour parler et penser à leur place, aux hommes providentiels que leurs prétendus mérites ont placés en situation de dominance, et ils vous disent non sans fierté : “Vous savez, je n’ai jamais fait de politique”, comme si celle-ci dégradait, avilissait celui qui s’en occupe.

Finalement, on peut se demander si le problème du bonheur n’est pas un faux problème. L’absence de souffrance ne suffit pas à l’assurer. D’autre part, la découverte du désir ne conduit au bonheur que si ce désir est réalisé. Mais lorsqu’il l’est, le désir disparaît et le bonheur avec lui. Il ne reste donc qu’une perpétuelle construction imaginaire capable d’allumer le désir et le bonheur consiste peut-être à savoir s’en contenter. Or, nos sociétés modernes ont supprimé l’imaginaire, s’il ne s’exerce pas au profit de l’imagination technique. L’imagination au pouvoir, non pour réformer mais pour transformer, serait un despote trop dangereux pour ceux en place. Ne pouvant plus imaginer, l’homme moderne compare. Il compare son sort à celui des autres. Il se trouve obligatoirement non satisfait. Une structure sociale dont les hiérarchies de pouvoir, de consommation, de propriété, de notabilité, sont entièrement établies sur la productivité en marchandises, ne peut que favoriser la mémoire et l’apprentissage des concepts et des gestes efficaces dans le processus de la production. Elle supprime le désir tel que nous l’avons défini et le remplace par l’envie qui stimule non la créativité, mais le conformisme bourgeois ou pseudo-révolutionnaire.”

"Le travail en miettes, peu chargé d’information, ne permet pas d’accéder à cette dominance, ni aux satisfactions narcissiques. Le travail sans motivation est de plus en plus ressenti comme une aliénation au système social exigeant une production accrue au bénéfice de quelques uns et non de tous. Il y a quelques années encore, même l’idiot du village avait sa place dans la communauté. Aujourd’hui au contraire, l’ensemble social se donne bonne conscience en parquant les handicapés mentaux, inutiles dans un système de production. Il est suffisamment riche pour posséder ses zoos humanitaires."

"Le travail humain, de plus en plus automatisé, s’apparente à celui de l’âne de la noria. Ce qui peut lui fournir ses caractéristiques humaines, à savoir de répondre au désir, à la construction imaginaire, à l’anticipation originale du résultat n’existe plus. On aurait pu espérer que, libérés de la famine et de la pénurie, les peuples industrialisés retrouveraient l’angoisse existentielle, non pas celle du lendemain, mais celle résultant de l’interrogation concernant la condition humaine. On aurait pu espérer que le temps libre, autorisé par l’automation, au lieu d’être utilisé à faire un peu plus de marchandises, ce qui n’aboutit qu’à mieux cristalliser les dominances, serait abandonné à l’individu pour s’évader de sa spécialisation technique et professionnelle. En réalité, il est utilisé pour un recyclage au sein de cette technicité en faisant miroiter à ses yeux, par l’intermédiaire de cet accroissement de connaissances techniques et de leur mise à jour, une facilitation de son ascension hiérarchique, une promotion sociale. Ou bien on lui promet une civilisation de loisirs. Pour qu’il ne puisse s’intéresser à l’établissement des structures sociales, ce qui pourrait le conduire à en discuter le mécanisme et la validité, donc à remettre en cause l’existence de ces structures, tous ceux qui en bénéficient aujourd’hui s’efforcent de mettre à la disposition du plus grand nombre des divertissements anodins, exprimant eux-mêmes l’idéologie dominante, marchandise conforme et qui rapporte."

"Quand les sociétés fourniront à chaque individu, dès le plus jeune âge, puis toute sa vie durant, autant d’informations sur ce qu’il est, sur les mécanismes qui lui permettent de penser, de désirer, de se souvenir, d’être joyeux ou triste, calme ou angoissé, furieux ou débonnaire, sur les mécanismes qui lui permettent de vivre en résumé, de vivre avec les autres, quand elles lui donneront autant d’informations sur cet animal curieux qu’est l’Homme, qu’elles s’efforcent depuis toujours de lui en donner sur la façon la plus efficace de produire des marchandises, la vie quotidienne de cet individu risquera d’être transformée. Comme rien ne peut l’intéresser plus intensément que lui-même, quand il s’apercevra que l’introspection lui a caché l’essentiel et déformé le reste, que les choses se contentent d’être et que c’est nous, pour notre intérêt personnel ou celui du groupe auquel nous appartenons, qui leur attribuons une “valeur”, sa vie quotidienne sera transfigurée. Il se sentira non plus isolé, mais réuni à travers le temps et l’espace, semblable aux autres, mais différent, unique et multiple à la fois, conforme et particulier, passager et éternel, propriétaire de tout sans rien posséder et, cherchant sa propre joie, il en donnera aux autres."

"Croire que l’on s’est débarrassé de l’individualisme bourgeois parce que l’on s’exprime à l’ombre protectrice des classes sociales et de leurs luttes, que l’on semble agir contre le profit, l’exploitation de l’homme par l’homme, les puissances d’argent, les pouvoirs établis, c’est faire preuve d’une parfaite ignorance de ce qui motive, dirige, oriente les actions humaines et avant tout de ce qui motive, dirige et oriente nos propres jugements, nos propres actions. Cela ne veut pas dire qu’il ne faille pas s’exprimer ainsi et agir en ce sens, mais cela veut dire qu’il est utile de savoir que, derrière un discours prétendument altruiste et généreux, se cachent des motivations pulsionnelles, des désirs de dominance inassouvis, des apprentissages culturels, une soumission récompensée à leurs interdits ou une révolte inefficace contre l’aliénation de nos actes gratifiants à l’ordre social, une recherche de satisfactions narcissiques, etc. De sorte que lorsqu’une communauté d’intérêts permet à un groupe de renverser un jour le pouvoir établi, on voit aussitôt naître au sein du nouveau pouvoir une lutte compétitive pour l’obtention de la dominance, un nouveau système hiérarchique apparaître et s’institutionnaliser. Le cycle recommence."

"Tant que mes jambes me permettent de fuir, tant que mes bras me permettent de combattre, tant que l’expérience que j’ai du monde me permet de savoir ce que je peux désirer, nulle crainte : je puis agir. Mais lorsque le monde des hommes me contraint à observer ses lois, lorsque mes mains et mes jambes se trouvent emprisonnées dans les fers implacables des préjugés, alors je frissonne, je gémis et je pleure."

"Utiliser le profit pour maintenir les échelles hiérarchiques de dominance, c’est permettre, grâce à la publicité, une débauche insensée de produits inutiles, c’est l’incitation à dilapider pour leur production le capital-matériel et énergétique de la planète, sans souci du sort de ceux qui ne possèdent pas l’information technique et les multiples moyens du faire-savoir. C’est aboutir à la création de monstres économiques multinationaux dont la seule règle est leur propre survie économique qui n’est réalisable que par leur dominance planétaire. C’est en définitive faire disparaître tout pouvoir non conforme au désir de puissance purement économique de ces monstres producteurs."

"La recherche du plaisir ne devient le plus souvent qu’un sous-produit de la culture, une observance récompensée du règlement de manœuvre social, toute déviation devenant punissable et source de déplaisir. Ajoutons que les conflits entre les pulsions les plus banales, qui se heurtent aux interdits sociaux, ne pouvant effleurer la conscience sans y provoquer une inhibition comportementale difficilement supportable, ce qu’il est convenu d’appeler le refoulement séquestre dans le domaine de l’inconscient ou du rêve l’imagerie gratifiante ou douloureuse. Mais la caresse sociale, flatteuse pour le toutou bien sage qui s’est élevé dans les cadres, n’est généralement pas suffisante, même avec l’appui des tranquillisants  pour faire disparaître le conflit. Celui-ci continue sa sape en profondeur et se venge en enfonçant dans la chair soumise le fer brûlant des maladies psychosomatiques."

Henri LABORIT, L’homme imaginant, 1970

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L’homme digne de ce nom sera toujours un Don Quichotte.”

Un inconnu m’a fait découvrir Henri Laborit lors d’une soirée chez des gens chiants, à laquelle je n’avais pas du tout envie d’aller. Comme quoi la vie réserve parfois de belles surprises ! Quelques jours plus tard, je me procurais cet ouvrage…

Voici une courte présentation de cet homme exceptionnel, par Wikipédia : “Henri Laborit est né le 21 novembre 1914 à Hanoï, alors en Indochine française, et mort le 18 mai 1995 à Paris. Médecin chirurgien et neurobiologiste, il introduisit l’utilisation des neuroleptiques en 1951. Il était également éthologue (spécialiste du comportement animal), « eutonologue », selon sa propre définition (spécialiste du comportement humain) et philosophe. Il s’est fait connaître du grand public par la vulgarisation des neurosciences, notamment en participant au film Mon oncle d’Amérique d’Alain Resnais.” 

Henri Laborit était un génie, tout simplement. Non seulement il comprenait beaucoup de choses, mais il parvenait à les transmettre sans utiliser un jargon compliqué et rébarbatif. Il se souciait du bien commun et voulait que ses idées circulent. C’était un libre penseur, un vrai Don Quichotte ! Henri Laborit était un homme libre, un anticonformiste, un visionnaire en avance sur son temps. Des qualités rares, très peu appréciées dans ce monde où il vaut mieux être un charlatan égoïste pour réussir et être reconnu par ses pairs. 

D’ailleurs le microcosme médical français a comploté contre Laborit, pour qu’il ne remporte pas le prix Nobel de médecine qui devait lui revenir… Enfin, Laborit s’en foutait, puisqu’il ne faisait pas tout ça pour le prestige, mais bien par amour de la connaissance… 

C’est l’un de mes penseurs préférés ! 

Quatrième de couverture : 

La caractéristique fondamentale de l’organisme humain paraît être l’association originale, dans la création de structures nouvelles, des éléments mémorisés et imposés par l’expérience abstraite de l’environnement. Cette faculté d’imaginer ne le libère pas de ses déterminismes génétiques, biologiques, sémantiques, économiques et socio-culturels, mais lui permet d’en prendre conscience. L’homme a pu voler à partir du jour où il a découvert les lois de la gravitation. Il ne s’est pas pour autant libéré d’elles, mais a pu les utiliser à son avantage. En ne plaçant ses espoirs, que dans la transformation, par ailleurs indispensable, de son environnement socio-économique, il ne résoudra qu’imparfaitement le problème de son aliénation. Seule la connaissance de ses déterminismes biologiques et de leur organisation hiérarchisée, lui permettra la transformation de sa structure mentale, sans laquelle toutes les révolutions risquent d’être vaines.


Extraits : 

[…] les sociétés quelles qu’elles soient, capitalistes ou socialistes, ont toujours cherché à conditionner l’individu pour maintenir les structures acquises. Il y a à cela plusieurs raisons. La première, c’est qu’en fournissant un code et des règlements de manœuvre aux actions humaines, elles s’assuraient la robotisation des individus et la soumission aux préjugés favorables à leur stabilité. Aujourd’hui, dans un contexte socio-économique en évolution accélérée, ne serait-ce que du fait des moyens de diffusion et de planétisation des informations, elles doivent monopoliser ces moyens pour conditionner les individus, ne montrer des faits que les aspects et les interprétations favorables à leur survie. Elles y parviennent d’autant plus aisément que l’esprit critique des individus s’amenuise proportionnellement à l’accroissement de leur technicité. La technicité focalise les sources d’information, rétrécit les langages, les systèmes sémantiques d’échanges, rend l’individu de plus en plus incapable de se situer dans l’univers, et d’autant plus sensible aux jugements de valeur imposés par les groupes de pression, que ceux-ci soient l’Etat, le capital, les classes sociales, économiques. Bien plus, les systèmes apparemment opposés, capitalistes et socialistes, sont en compétition essentiellement technologique. C’est sur ce plan qu’ils doivent démontrer leur supériorité. L’un et l’autre doivent donc, avant tout, techniciser l’homme, en lui fournissant par ailleurs, de façon préfabriquée, une vision du monde qui doit le rendre heureux de sa condition. Ils ne peuvent se permettre de lui fournir les éléments scientifiques, c’est-à-dire débarrassés de tout jugement de valeur, éléments indispensables pour imaginer un monde nouveau, différent de celui dans lequel le hasard de la naissance l’a placé. Socialistes ou capitalistes, les sociétés modernes dites “évoluées” ne peuvent se permettre de diffuser un enseignement relativiste. L’enseignement doit conduire à des “débouchés” pratiques permettant d’inclure l’individu technicisé dans une civilisation technique. Orientation pour le moins paradoxale, alors que par ailleurs l’automation diminue les besoins en techniciens. Alors que par ailleurs ces sociétés auraient de plus en plus besoin de novateurs, de découvreurs, d’hommes de progrès. Le progrès est toujours le résultat de la création de nouvelles structures à partir de celles déjà existantes. Elles se fait en bordure de disciplines et ne peut être le fait que d’individus capables de dépasser leur technique. Elle exige donc d’élargir ses sources d’informations au lieu de les focaliser. Elle exige une culture interdisciplinaire qui n’est que la première étape à franchir pour se libérer des jugements de valeur. Comment se dégager des sous-ensembles, où s’établit le choix conditionné du jugement de valeur, si l’on ignore les éléments des ensembles plus grands, qui pour chaque décision humaine devraient nous faire aboutir à l’ensemble humain ? Non l’humain de cet humanisme qui ne connaît que lui-même, isolationniste, paternaliste, égoïste, statique et recroquevillé d’une bourgeoisie occidentale s’accrochant désespérément à ses prérogatives et ses jugements de valeur, assise sur ses montagnes de boîtes de converse…”

Imaginons où pourrait conduire une société qui, au lieu de chercher à conditionner aveuglément l’individu en le transformant en rouage bien rodé de la mécanique sociale, s’efforcerait simplement de lui faire prendre conscience depuis l’enfance de ses déterminismes. Une société qui, au lieu de parler de liberté pour mieux asservir, apprendrait à mieux connaître nos chaînes pour tenter de choisir les moins lourdes. Une société lucide dans la connaissance de ses déterminismes, non aveugle et ignorante de nos déterminismes dans la béatitude de la consommation.”

J’ai déjà pu écrire il y a quelques années que le rôle de l’homme était simple au fond : il suffisait pour assurer pleinement sa fonction qu’il laisse parler son imagination. Nous savons maintenant qu’il le peut s’il parvient à se dégager des jugements de valeur qui l’asservissent.”

Il est nécessaire de prendre conscience de ce que la source de la connaissance est en dehors des classes, en dehors des partis et que la connaissance, et non le travail, est le seul facteur de l’évolution humaine. Le travail, c’est-à-dire l’action, ne vient qu’après. Il faut d’abord penser avant d’agir.”

"L’acte le plus collectif de l’individu n’est-il pas avant tout d’être lui-même la véritable expression de ses déterminismes ? N’est-ce pas la seule façon d’ajouter quelque chose, si peut soit-il, au trésor humain surtout si ses déterminismes le poussent à s’opposer à ceux que cherche à lui imposer la structure sociale dans laquelle il vit ?"

"La fonction de l’individu contemporain est analogue à celle du navigateur qui, armé des informations fragiles de la météo, sans pouvoir de contrôle des facteurs qui commandent aux caractéristiques du temps, doit avoir mis en place à temps, l’établissement des voiles favorables. Pour cela, il est utile que ses informations météorologiques soient aussi nombreuses et variées que possible. Il n’a pas intérêt à les recueillir à une seule source radiodiffusée. Il n’a pas intérêt à établir ses voiles pour le temps qu’il fera demain, mais pour celui qui pourrait le surprendre dans l’immédiat. Par contre, il se trouvera bien de faire la route qui le mènera le plus vite au but poursuivi et qui n’est pas toujours la plus courte. Il doit s’efforcer de choisir la plus sûre."

"Tout passage à l’action ne peut être actuellement qu’empirique. Il s’écoulera sans doute encore pas mal de temps avant que l’on ait fait la part des lois, c’est-à-dire des structures invariantes, et la part de nos désirs, camouflés sous le masque du logos raisonnant. Les instruments d’exploration des faits socio-économiques ne semblent pas encore inventés. On veut aller dans la lune en utilisant l’algèbre alors que nous savons que sans ordinateur pas de vaisseau spatial possible ; c’est sans doute l’une des caractéristiques de ce qu’il est convenu d’appeler le “gauchisme” littéraire actuel, qu’amoureux de la lune comme tout poète et la voyant si belle, il pense l’atteindre en montgolfière. La science apprend combien les faits se plient difficilement à l’imagination lentement, comme à regret. La sociologie doit passer d’abord par son Moyen Age et son alchimie ; elle attend son Lavoisier. Les faits empiriques devront d’abord s’accumuler avant que les structures qui les unissent en sortent. L’instrument de base de l’enquête sociologique est encore la parole, le discours et non la mesure, avec un appareillage sensible, de variations de formes énergétiques variées. Il en est de même de l’économie qui commence à peine à découvrir quelques facteurs de sa dynamique interne et à soupçonner les relations qui les unissent. Et c’est en définitive ce qui paraît expliquer l’affectivité qui règne encore au sein des sciences de l’Homme. La vérité scientifique ne souffre guère plus de discussions passionnées à partir du moment où un nombre suffisant d’expériences l’ont confirmée. Le seul fait d’observer encore dans l’appréhension des faits socio-économiques tant de débordement affectif, allant jusqu’à la violence, la rage et la haine, laisse supposer que nous ne sommes pas encore sortis avec elles de la comédie humaine, des jeux du cirque, et que nous n’avons point encore atteint la froide et lucide ambiance de laboratoire."

"Pour qui a participé à des réunions de groupes professionnels ou autres, pour qui a tenté de demeurer lucide, de prendre au milieu de ces réunions une certaine “distanciation” comme on dit, toutes les confrontations, tous les antagonismes recouverts généralement par le manteau purificateur du discours logique, voire par quelques grands clichés humanitaires, n’apparaissent en fait que l’expression du besoin de domination des individus ou des groupes sociaux, pour la défense d’intérêts, souvent pécuniaires  mais au deuxième degré. Au premier, c’est d’abord l’expression des désirs, celui d’être aimé, d’être le plus beau, le plus fort, celui d’être celui qu’on écoute et qu’on suit, ou de participer au groupe ou à la classe qui commandent et à qui l’on obéit. Le problème économique n’est plus qu’un moyen d’y parvenir ou de conserver ce pouvoir. Celui de participer à cette forme dégradée du désir de reproduction et de perpétuation de l’espèce, que quelques microgrammes d’une drogue psychotrope peuvent transformer radicalement."

"Comment s’étonner, si la majorité des hommes n’est pas informée de ces déterminismes, si on ne l’en rend pas pleinement consciente, que les dés soient éternellement pipés, que le jeu soit impossible, continuellement truqué, perverti par les faux “beaux sentiments humanitaires” ? Les grandes phrases creuses et tristes, les démagogies, les aliénations mentales d’une classe par l’autre, les cultes des héros et des gangsters ? On parle souvent aujourd’hui de “démythification” alors qu’il ne s’agit généralement que du remplacement d’un mythe par un autre. On nous parle de notre société post-industrielle qui doit se transformer en société scientifique. Bien sûr. Mais la science n’est pas seulement extérieure à l’homme, elle n’est pas seulement dans les fusées, les réacteurs et les moteurs à explosion ; elle n’est pas seulement dans les chambres à bulles et les piles automatiques, les quasars et les satellites de télécommunication. La science est aussi dans l’homme, dans l’intimité de ses tissus, en allant de la moindre de ses molécules à son comportement. Tant que cette science-là n’aura pas été intégrée au monde moderne, nul espoir pour l’homme de comprendre quoi que ce soit à ce qui l’entoure, à ses actes, à ses douleurs comme à ses béatitudes. Ou bien il ira les chercher dans le L.S.D. ou dans la marijuhana. Il appauvrira son cerveau devenu incapable de comprendre et dont il devine vaguement qu’il est l’organe de ses désillusions, au lieu d’en faire l’instrument de sa richesse et de sa délivrance."

Oui, je crois préférer encore la déstructuration des images due à la LSD aux images sclérosées qui peuplent ce monde incohérent par la multitude des certitudes admirables, ce monde libre pour qui a suffisamment d’argent pour se croire libéré, ce monde qui remplace la notion de structure dynamique par celle de charpente sociale cimentée par les armées, ce monde qui confond l’individu et le compte en banque, la créativité et le commerce, les évangiles et le droit civil, ce monde qui a bonne conscience parce qu’il n’a plus de conscience du tout, ce monde où l’on ne peut plus rien chercher car l’enfant y trouve à sa naissance sa destinée définitivement écrite sur sa fiche d’état civil, ce monde qui momifie l’homme dans ce qu’il appelle l’humanisme, qui parle de l’individu comme si celui-ci pouvait exister isolément, confond société et classe sociale, justice et défense de la propriété privée, ce monde qui ne cherche rien parce qu’il a déjà tout trouvé.”

Un vers entre autres a influencé mon existence. Il vient souvent encore chanter en moi : “Homme libre, toujours, tu chériras la mer.” En lui respire, je crois, tout le déterminisme de l’homme dans l’Univers.”

"La droite considère l’homme comme foncièrement “mauvais” mais capable de s’améliorer par la stricte observance des règles qu’impose le respect de certaines “valeurs” qu’elle trouve “bonnes” parce qu’elles lui permettent de survivre agréablement. L’homme de gauche, depuis Rousseau, ne peut s’interdire de considérer l’homme comme foncièrement “bon” s’il n’est pas soumis aux déformations du comportement que lui inspire une société rendue “mauvaise” par l’existence de la classe bourgeoise. Ainsi, dans une société sans classes, des anges asexués passeraient leur vie à travailler en chantant, des gerbes de blé sur leur épaule, et à se serrer la main, car logiquement l’ambition, la jalousie, l’envie, l’instinct de domination, la haine, la colère, auront vu leur source se tarir par la transformation du milieu social.

Malheureusement, ce paradis terrestre ne risque pas de se réaliser tant que l’homme n’aura pas compris par quels mécanismes biologiques ces différents comportements peuvent apparaître et par quels moyens précis il peut parvenir à les contrôler. En effet, on pourrait aussi bien envisager d’agir d’abord sur le comportement individuel plutôt que sur l’environnement social, si nous avions les moyens scientifiques de le faire, puisque l’homme fait partie intégrante du milieu. On peut imaginer qu’en supprimant l’instinct de domination on supprimerait non pas seulement les luttes de classes, mais les classes elles-mêmes. Par contre, il est peu probable qu’en supprimant les classes sociales, on supprime l’instinct de domination. Celui-ci semble intiment lié à la propagation et à la survie de l’espèce.

Il y aurait un certain progrès si chaque homme était conscient de ce déterminisme. Imaginez une campagne électorale à la télévision où chaque candidat serait conscient qu’il présente à l’admiration des foules son sexe plus ou moins camouflé en disant : “J’ai le plus beau, le plus fort, suivez-moi, je suis Tarzan” et où chaque électeur jugerait la présentation plus ou moins convaincante et tenterait de découvrir derrière la feuille de vigne ce qui resterait d’utile à l’ensemble social. Beaucoup d’animaux pour exprimer leur domination sur un autre individu du même sexe font sur lui le simulacre de l’acte sexuel. J’ai souvent l’impression, en voyant vivre mes contemporains, qu’ils présentent généralement leurs fesses de la même façon aux plus agressifs et aux plus dominateurs.”

Une société ne fournira que la culture qui la sécurise, celle qui a le moins de chance de la remettre en cause. Elle cherchera toujours, par la culture qu’elle choisit, à diffuser le moyen de créer chez l’individu la structure mentale favorable à sa survie. La culture! Voilà encore un mot qui a tant de sens qu’il est bien près de ne plus en avoir du tout.”

"L’ignorance ne vient pas seulement de la difficulté que certains hommes rencontrent à s’instruire. Elle vient aussi du fait que l’homme ne cherche le plus souvent à connaître que ce qui satisfait ses désirs."

Pauvre homme enfermé dans ses déterminismes : ceux de l’extérieur et ceux de l’intérieur, les uns agissant sur les autres, et les autres réagissant sur les uns ! Ceux de l’extérieur, du monde matériel et du monde humain : ceux dont il a le plus conscience, ceux qui l’accablent parce qu’il les observe en dehors de lui. Ceux de l’intérieur, dont il a partiellement conscience quand il peut en rendre responsable l’environnement, “on, ils”, peu souvent et bien obscurément. Ceux de l’intérieur dont il n’a pas conscience, parce qu’ils sont lui, son système nerveux et ses glandes, son capital génétique, ceux de tous les hommes, et pourtant différents pour chacun d’eux !”

"Le travail en “miettes”, ce n’est pas seulement l’ouvrier qui lui est soumis, mais aussi ce qu’il est convenu, à tort, d’appeler l’intellectuel, alors qu’il ne se sert de son cerveau que comme l’ouvrier de ses mains, pour des actes tellement spécialisés qu’il n’a plus accès aux structures. Il se croit pourtant, par les jugements de valeurs imposés par sa classe sociale et son milieu, d’une autre essence que l’ouvrier, alors qu’il est aussi éloigné qui lui de la véritable culture. Cette technicité, ce travail en miettes, ces actes réflexes, ces questions de concours apprises par cœur étaient nécessaires à une société cherchant le profit et l’accroissement d’un capital, car un acte réflexe est plus productif qu’un acte véritablement humain quand la quantité est seule en cause et non la qualité croissante qui ne peut résulter que du jeu de l’imagination, créatrice d’ensembles nouveaux."

"La bureaucratie et son attirail policier et militaire ont appauvri l’imagination créatrice, caractère propre à l’homme, que la société capitaliste, malgré son exploitation éhontée du travail humain, laisse encore s’exprimer le plus souvent. La bureaucratie a, dans beaucoup de domaines, châtré les découvreurs."

cornblakes21:

“you can’t control 7 billion people with tanks in the street and soldiers at the door, you have to do it other ways. you have to so program the population that they keep each other in line. you create a religion, and then you break the religion up into warring factions. Then you create political parties making people decide which mask on the same face should have power this time. All these things are done to have the target population at war with itself; policing itself.”

— David Icke

en ce qui concerne de l’électricité, ça sera augmenter de 102% je veux voir comment ils vont rembourser ses dettes!!

Le but n’est pas de leur permettre de rembourser leurs dettes, mais de les endetter encore plus, pour les garder sous contrôle ! C’est comme ça que ça marche. Le FMI a déjà fait ça dans le tiers-monde pendant des années, et maintenant il s’attaque à l’Europe… Pourquoi les gens du FMI se priveraient-ils, puisque les gens l’acceptent ! Ô joie ! 

Comment la BM et LE FMI appauvrissent les populations mondiales…

Comment le FMI fabrique la misère et la cache sous le tapis ?

MK-Polis

Dans quel monde vivons-nous ? 

C.R.O.M. - Les Jésuites au cœoeur de la manipulation... - X.B. / C.R.O.M.

Voici enfin la traduction française d’un grand classique de la conspiration américaine: «L’Amérique en pleine Transe-Formation» (en anglais: The Trance-Formation of America). Un livre qui révèle, entre autres, l’implication des Jésuites dans les expérimentations de manipulations mentales. Il aura fallu attendre près de vingt ans pour qu’une petite maison d’édition indépendante permette à ce tsunami de révélations de balayer la francophonie. 

David ICKE, Le plus grand secret
Cathy, c’est Cathy O’Brien, victime de contrôle mental, qui a écrit ce livre : 

"Récit autobiographique à quatre mains du calvaire qu’a connu C. O’Brien de sa naissance à ses trente et un ans : élevée dans une famille pédophile elle est ensuite littéralement vendue par son père au gouvernement américain pour devenir le cobaye d’expériences de contrôle de l’esprit menée au sein de la NASA, de la CIA et de l’armée américaine. Parvenue au "grade" de "mannequin présidentiel ", totalement privée de son libre arbitre, son esprit étant scindé en d’innombrables personnalités, elle "sert" son pays en tant que prostituée taillable et corvéable àmerci auprès de l’élite politique américaine (dont divers Présidents) et en tant que rouage involontaire de trafic de drogues et autres crimes financés par les contribuables de ce pays.”
Une femme courageuse ! 

David ICKE, Le plus grand secret

Cathy, c’est Cathy O’Brien, victime de contrôle mental, qui a écrit ce livre : 

"Récit autobiographique à quatre mains du calvaire qu’a connu C. O’Brien de sa naissance à ses trente et un ans : élevée dans une famille pédophile elle est ensuite littéralement vendue par son père au gouvernement américain pour devenir le cobaye d’expériences de contrôle de l’esprit menée au sein de la NASA, de la CIA et de l’armée américaine. Parvenue au "grade" de "mannequin présidentiel ", totalement privée de son libre arbitre, son esprit étant scindé en d’innombrables personnalités, elle "sert" son pays en tant que prostituée taillable et corvéable àmerci auprès de l’élite politique américaine (dont divers Présidents) et en tant que rouage involontaire de trafic de drogues et autres crimes financés par les contribuables de ce pays.”

Une femme courageuse !